• Double View 6 (2000), encre & acrylique sur papier de riz, 99.5x102cm.

• Operation 21.06.1969, (1996), encre de Chine & acrylique sur papier, 171x98cm.

 

Peinture

Le noir et la lumière de l’âme

Gérard Henry

• Double view - Zero (2000), encre & acrylique sur papier de riz, 69x138cm.

Yang Jiechang est né en 1956 à Foshan dans la province de Canton. Il a étudié les Beaux-Arts à l’Académie de Canton avant de s’installer à Paris en 1989. Le taoïsme a profondément influencé son travail et ses peintures sont des méditations sur la sublimation du moi.

Sa technique ? De multiples couches d’encre sur papier de riz pour créer de noirs espaces, à la fois mats et brillants.

Présent à la grande exposition des « Magiciens de la Terre » au Musée national d’Art moderne (1989), Yang Yiechang a depuis, beaucoup exposé, notamment à la Biennale de Shanghaï en 1998, à la foire d’Art contemporain de Chicago en 1999. Son installation Eye of the Storm, 2000, rappelant la violente tempête survenue à Paris cette année-là, a été montrée récemment au sein de l’exposition « Paris pour Escale » au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris.

Le vernissage aura lieu le 31 mai à 17h30, en présence de l’artiste.

« Je suis né le 16 novembre 1956 à Foshan dans la Province de Canton. Foshan est l’un des quatre anciens marchés célèbres de la dynastie Song. Ses sorcières, sa fonderie de bronze et ses ateliers de céramique ont fait sa renommée.

« J’ai grandi sous l’égide de mon grand-père qui, au cours de son adolescence, avait bénéficié du mode d’éducation de la dynastie Qing. Il respectait les rites et les formes du savoir-vivre. Ma famille résidait dans le domaine d’un grand propriétaire terrien appelé “le voleur de poules Li”, qui fut plus tard confisqué par le parti communiste chinois. Je garde encore la nostalgie de ce lieu, de son atmosphère de temple ou de palais, proche de la nature comme un chalet de montagne. C’est avec tristesse que j’évoque les immeubles modernes construits aujourd’hui à cet endroit.

« De 1956 à 1978, j’ai vécu dans la vieille ville de Foshan. Les écoles que j’y fréquentais occupaient d’anciens temples taoïstes, confucianistes ou bouddhiques. L’environnement conservait l’esprit et les usages du passé, avec leur mystère et leur religiosité, mais tout ce qui m’était enseigné, ce que mes livres de classe m’apprenaient était complètement et nettement coloré en rouge.

« En 1966, Mao proclame la grande Révolution culturelle. Je garde en mémoire une très forte impression de l’événement. Dans l’ancienne ville, tout soudain devint rouge, partout rouge : étoiles rouges, drapeaux rouges, murs et parois rouges ; rouge la bible de Mao, rouges les pensées, rouges les brigades...

« C’est en 1970 que je devins garde rouge. Les gardes rouges saisissaient les gros propriétaires terriens, les riches, les éléments contre-révolutionnaires, les méchants, les opposants, les démons à tête de bœuf, les génies à corps de serpent ; combattaient l’élitisme, s’opposaient aux notables, manifestaient le pinceau à la main par la peinture et l’écriture leurs critiques au capitalisme et au révisionnisme en propageant les seules idées de Mao Tsé Tung.

« Voilà la raison pour laquelle je décidais alors d’entreprendre des études d’art. A la fin de ma dernière année du cycle secondaire, en 1973, je me suis inscrit à l’Institut d’Art populaire de Foshan. Mes matières principales concernaient la peinture traditionnelle chinoise et la technique des collages sur papier. Les méthodes d’enseignement demeuraient traditionnelles : ainsi de génération en génération se transmettaient les secrets du métier.

« En 1978, à la fin de la Révolution culturelle, comme les universités accueillaient de nouveaux étudiants, je fus admis à l’Académie des Arts de Canton dans la classe de peinture traditionnelle chinoise. Et ce qui m’a le plus surpris au cours de mes quatre années de cours, c’est que même dans cette discipline de peinture traditionnelle chinoise s’appliquaient les méthodes et les principes réalistes de l’Académie soviétique des Beaux-Arts.

« En 1982, après quelques mois d’études à Pékin, je suis nommé professeur à l’Académie des Arts de Canton. C’est la même année que je fis la rencontre du vénérable prêtre taoïste Huangtao du temple Chong Xu des monts Luofu. Je le suivis en vue de recevoir une initiation au Tao. Simultanément je suivis l’enseignement dispensé au temple bouddhique Guangxiao de Canton.

« Dès ce moment, je pénétrais dans un monde gris et noir. »

Yang Jie-chang

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Dernière mise à jour : mercredi 6 juin 2001