Photographie

Par John Batten

Le Macao de Laurence Aberhart

Pendant trente ans Laurence Aberhart a méthodiquement et farouchement photographié la Nouvelle Zélande. Une persévérance qui touche à l’admirable, car s’il est maintenant considéré comme l’un des artistes néo-zélandais les plus talentueux, il s’est battu pendant des années pour être reconnu dans ce domaine particulier de la photographie documentaire qui est le sien. Délicieusement à l’encontre des tendances de l’art, ses images apparemment simples, presque quelconques et non fabriquées, sont enracinées dans la pratique photographique du 19 ème siècle.


Edifício Antigo com Andaines de Bambu

Le premier travail substantiel de Laurence Aberhart était une série d’épreuves contact (8x10 pouces) prises en 1981/82 lorsqu’il voyageait en Nouvelle Zélande et photographiait bâtiments, monuments, mémoriaux et marae (maisons communautaires des Maori). Beaucoup de ces édifices étaient selon lui menacés ; il entreprit cette série documentaire, conjecturant que certains objets n’existeraient plus ou ne seraient pas dans la même condition physique dix ans après. A juste titre, car beaucoup de ces objets photographiés n’existent effectivement plus aujourd’hui.

Durant les vingt années qui ont suivi, l’œuvre de Laurence Aberhart s’est considérablement élargie. Invité par de nombreuses fondations artistiques étrangères, il a séjourné aux Etats Unis (1988), en Europe (1994), en Australie (1997 et 2000), au Japon (2001), et en a rapporté de nombreux clichés. C’est de même ses deux séjours à Hong Kong et à Macao en 1997 et 2000 qui forment le corps de cette exposition intitulée « Ghostwriting » au Musée d’Art de Macao.

A sa première visite à l’ancienne enclave portugaise de Macao en 1997, Aberhart vit immédiatement que ce petit avant-poste colonial contenait tous les éléments qui fondent sa photographie. Utilisant comme appareil une simple chambre de 8 x 10 pouces (un appareil centenaire de marque américaine Corona) dont le temps d’exposition, variant en fonction de la lumière disponible, peut être long, il photographie par conséquent des sujets immobiles. Il a constitué une documentation détaillée des édifices historiques, mémoriaux et intérieurs d’église, ainsi qu’une collection impressionnante de larges panoramas ou paysages.

Il y a cependant des thèmes prédominants dans son travail que l’on retrouve dans les photographies de Macao : la documentation de sujets postcoloniaux, particulièrement les objets qui combinent des aspects d’une culture originale à ceux d’une nouvelle culture, comme l’intérieur de la Chapelle du Séminaire Saint Joseph ; une certaine ironie allant parfois jusqu’à l’humour noir (L’Entrée du Cento Social S.M. Mazzarello); un attachement à photographier des objets sous menace environnementale ou économique ( Mur, vieille demeure des Chiang) ; un effort conscient de continuer les traditions photographiques du 19ème siècle et du début du 20ème en prenant des sujets similaires à ceux de ses prédécesseurs historiques, à la manière par exemple du photographe français Eugène Adget et de l’américain Walker Evans (voir Avenida do Coronel Mesquita, Maca).

L’une des raisons pour laquelle M. Ung Wai Meng, le directeur du Musée d’art de Macao, a invité Laurence Aberhart pour une résidence d’un mois, est qu’il a vu en ces photographies un excellent modèle pour la jeune génération de photographes macanais. L’équipement d’Aberhart est simple : une chambre, un tripode et un photomètre. Il développe et tire lui-même ses photos. Son équipement et sa technique de tirage datent du 19ème siècle mais le résultat – la photographie que vous voyez – est de loin supérieur à celui de tout appareil moderne 35 mm, et des dernières méthodes de tirage digitales.

Aberhart et sa femme Greta ont résidé à Macao à l’automne 2000 et, mis à part un court voyage à Toi Shan en Chine du sud, se levaient tôt chaque matin, passant la journée à parcourir l’enclave, un travail fatiguant en raison des collines macanaises très pentues et du poids du matériel. Les nombreux intérieurs qu’il a photographiés montrent qu’il a été chaleureusement accueilli par les Macanais.

Les vieux quartiers et bâtiments de Macao sont uniques en Chine du Sud. On touche cependant là un point sensible : la plupart de l’héritage culturel chinois de Macao est en train de disparaître. L’architecture macanaise d’influence portugaise a été restaurée à la veille de la rétrocession de Macao à la Chine, mais l’architecture chinoise n’a apparemment pas été l’objet de la même attention. Pour Aberhart qui s’intéresse depuis longtemps aux « choses chinoises » en Nouvelle Zélande, rechercher l’héritage chinois macanais menacé par le développement et la modernité était un point de départ naturel. Il a tranquillement et méthodiquement cartographié les quartiers dignes d’enquête : vieilles rues, contre-allées, boutiques poussiéreuses, temples obscurs, cimetières, vieux cabinets de médecins et de dentistes, diseurs de bonne aventure… Chaque photo faisant l’objet de notes méticuleuses détaillant l’emplacement, la date et le temps d’exposition.

De retour en Nouvelle Zélande où il effectue le tirage, il a décidé de renouer avec ses premières photographies en utilisant une technique d’impression similaire : papier contact, chlorure d’or et sélénium. Le papier contact a une gamme tonale plus large que le papier photographique normal, les tonalités données par le chlorure d’or et le sélénium se combinent alternativement pour « réchauffer » ou « refroidir » l’image. Par la manipulation et le jeu des tonalités, une image passe par des états qu’Aberhart appelle les « formes critiques ». Il décide finalement de ce qui est à ses yeux la « perfection » : l’image que vous verrez. Ses images sont d’une précision extraordinaire et les ciels d’Aberhart, voilés d’un philtre photographique jaune sont souvent spectaculaires, la brume automnale macanaise leur donnant d’un autre côté une douce neutralité.

Les 62 images de Macao exposées au Musée d’art de Macao offrent un tableau inhabituel du Macao contemporain et représentent une assertion pressante en faveur de son héritage architectural, un survol qui n’avait pas été entrepris depuis les albums de souvenirs des photographes du 19ème siècle.

攝影

約翰百德 撰文

勞倫斯.艾柏克的鏡頭下之澳門

勞倫斯.艾柏克花了整整三十年的時間,專心一意並有系統地拍攝了整個新西蘭。他那孜孜不倦的堅毅精神接近令人欽佩的地步,原因是,雖然他現今已被視為新西蘭其中一位最具才華的藝術家,但他這種獨特的紀錄攝影手法卻是經過多年的艱苦奮鬥才最終獲得認同。他反藝術潮流而行的態度的確教人驚喜,他那些表面上看似簡單,甚至可說是平凡和自然的影像之拍攝手法是源自十九世紀的攝影技術。

勞倫斯.艾柏克第一批數量可觀的作品是一輯於一九八一至八二年間在旅遊新西蘭時用8吋乘10吋底片拍攝,直接印曬的照片,當中有不少是以當地的建築物、歷史遺跡、紀念碑及毛利人的社區為取景目標。勞倫斯認為這些建築物中的大部份〝受到威脅〞;他推測部份建築物在十年後將不復存在或是難以保存原樣,因而著手拍攝這系列紀錄照片。事實上,不少被拍攝之物在今天真的消失了。

隨後的二十年,勞倫斯.艾柏克的獵影範圍擴闊了不少。他應多個藝術團體或基金會的邀請,曾到美國(1988年)、歐洲(1994年)、澳洲(1997年及2000年)、日本(2001年)等地作客,從這些地方帶回了無數照片。同樣,他一九九七年及二○○○年前後兩次在香港及澳門逗留時所拍的照片也成為了他這次在澳門藝術博物館舉辦的一個名為《澳門的回憶空間》攝影展的主體。

一九九七年,當艾柏克第一次到澳門這個前葡萄牙殖民地旅遊時,他即時明白到這個孤伶伶遠處海外的小小殖民地蘊藏著其攝影藝術所需的一切基本元素。他利用一台8吋乘10吋的大片照相機拍攝,曝光時間視乎光源是否足夠,有時可能需要頗長的時間。因此,他拍攝的多是靜態景物。他利用鏡頭,詳盡地紀錄了澳門的一些歷史建築物、紀念碑、教堂的內部,以及一系列壯觀的大型全景或風景照。

不過,他的攝影作品都有著明顯的共通主題,而澳門的也不例外:拍攝紀錄的對象都是屬於後殖民主義,尤其是有關固有文化與新移民之文化的結合,如《聖若瑟修院聖堂的內部》;帶有黑色嘲諷意味的幽默感,如《聖瑪沙利羅學校的入口》;著重拍攝受環境及經濟發展威脅的事物,如《牆,鄭家大屋》;本要將十九世紀及二十世紀初的攝影傳統繼往開來的決心,他仿效攝影界有名的前輩如法國攝影家Eugene Adget及美國攝影家Walker Evans的攝影手法,並採用與他們近似的題材為主題,如《唐紹儀故居》。

澳門藝術博物館總館長吳衛鳴邀請勞倫斯.艾柏克到澳門作一個月的駐館藝術家,其中的一個原因是他意識到後者的攝影藝術能為澳門的青年攝影工作者提供一個優良的典範。艾柏克採用的器材十分簡單:大片照相機和三腳架各一台,還有光度計。所有照片都是由他親自曬印。他的攝影器材和曬印技術雖然都是源自十九世紀,但所得出來的結果——我們看到的照片——其質素遠較現代的三十五厘米攝影機和最新的數碼沖印技術更勝一籌。

艾柏克和他的妻子嘉達(Greta)於二○○○年秋天在澳門逗留期間,除了往中國台山小遊數天外,每天都是清早起來便在這座小城中蹓躂尋找景點。由於地理環境的關係,澳門有很多十分傾斜的小山丘,再加上攝影器材的重量,致使他們很多時都汗流浹背。從他拍攝眾多的室內景物中可以看到他是深受澳門人的熱誠款待。

澳門的舊區和古老建築物在南中國一帶獨樹一幟。這正好觸及一個敏感地帶:澳門的中國傳統文化正逐漸消失。澳門回歸中國前夕,市內的一些葡式或葡澳式的建築物被重新粉飾或修葺,但那些中式建築物卻沒有獲得同等對待。在新西蘭的時候已開始對〝中國事物〞感興趣的艾柏克很自然地對那些嚴重受現代發展威脅的中國文化遺產特別重視。他沉著並有系統地將一些他認為值得研究的地區如繪製地圖般分類:古老街道、橫街窄巷、塵埃滿佈的商舖、幽暗的廟宇、墓地、藥材舖、牙醫診所、等等…… 每張相都附上詳盡的註釋,清楚記錄下位置,日期和曝光所需的時間。

回到新西蘭後——照片全都是在那裡印曬——艾柏克決定重新採用他早期沖曬照片的技術:採用直接沖印相紙、氯化金和硒。直接沖印相紙提供的調色變數比一般相紙高,而作為調色劑的氯化金和硒則交替地將影像〝加熱〞和〝冷卻〞。透過操縱和調較圖像的光暗度,這些過程被艾柏克形容為〝形狀鑒別〞,直至他最後決定那是〝最完美〞的影像,就是我們看到的照片了。艾柏克拍攝的影像精確異常,他用黃色濾鏡拍攝天空的景色效果懾人,但澳門的朦朧秋意卻為這些天空景色帶來一抹柔和的景緻。

這次在澳門藝術博物館展出的六十二張澳門照片為大家提供了一幅不尋常的當代澳門景貌,同時也是支持澳門保存古老建築傳統的一個強而有力的聲明,更是自十九世紀攝影師為澳門攝製旅遊紀念照片集以來首次出現的澳門縱覽。