Théâtre

Texte et photos par Sonia Au Ka-lai

Gao Xingjian en Avignon

« En tant qu’écrivain exilé, je ne trouve mon salut que dans la création littéraire et artistique. » Gao Xingjian

« L’art, qui nous libère des idoles officielles et désuètes, nous libère aussi des idées généreuses et des préoccupations sociales – simples idoles, elles aussi. » Fernando Pessoa

Voilà deux voix différentes qui n’expriment qu’un seul besoin : la liberté totale de l’esprit. Depuis qu’il a gagné sa liberté d’expression en France, Gao Xingjian voyage librement dans l’écriture, le théâtre et la peinture, recherchant au travers de ces trois domaines, un « être essentiel », celui de l’homme. Couronné par le prix Nobel de littérature en 2001, Gao Xingjian a su surmonter les difficultés sur la voie qu’il s’est tracée, même s’il attribue une part de ce succès au destin qui, dit-il, joue un rôle décisif. Empruntant un dicton chinois « l’homme a la chance d’avoir trois vies », Gao considère que sa première vie s’est passée en Chine, la deuxième en France jusqu’à l’attribution du prix Nobel et qu’il entame maintenant sa troisième vie. Pour rendre hommage à Gao Xingjian, la ville et le Festival d’Avignon présentaient cet été des lectures de ses œuvres, deux de ses pièces de théâtre, Dialoguer – Interloquer et Au bord de la Vie et une grande rétrospective inédite de son œuvre peinte dans la Chapelle du Palais des Papes. L’ensemble, dit Gao Xingjian, mettant un point final à ses œuvres réalisées avant cette « troisième vie ».

« Tu es là ! » Un matin frais de juin, Gao Xingtian vient s’asseoir à la table du petit déjeuner de l’hôtel où nous nous retrouvons par hasard. Jus d’orange, petits pains, flocons d’avoine, lait et café noir. Nous sommes à la même table, plongés chacun dans nos pensées, séparés par un mur de silence. Un quart d’heure passe en un clin d’œil. Gao part, comme d’habitude, d’un pas précipité.

Le palais des Papes est à cinq minutes à pied de l’hôtel. Il monte une petite côte pour aller y préparer la rétrospective de ses peintures. Pour diriger sa pièce Dialoguer – Interloquer, il se rend aussi souvent au théâtre, traversant d’un même pas précipité le centre ville animé. Au théâtre, il fait les cent pas sur la scène, va vers les coulisses, discute des lumières avec les techniciens, demande aux ouvriers de nettoyer… Au Palais des Papes, il regarde ici et là, il filme le montage de son exposition. « Après neuf mois de vie en hôtel, je suis complètement épuisé ! » dit Gao Xingjian, dont le plus grand désir du moment est de retrouver un peu de tranquillité pour continuer à travailler.

Dialoguer – Interloquer est une pièce dans laquelle s’affrontent un homme et une femme. Le décor en est très simple. Au milieu d’une chambre blanche ressemblant à une boîte, il n’y a qu’un quadrilatère d’un blanc pur, matelas ou tombeau… A droite, un grand poisson de bois (sorte de tambour) ou un rocher. Dans cet espace écrasant, les jeux de lumière, les affrontements, les mouvements des corps créent une atmosphère tendue. Les mots des acteurs, Philippe Goudart et Céline Garnavault, se poursuivent, s’opposent, s’entrelacent, créant hors du visuel un autre espace sonore. Le moine, près du poisson de bois, joué par le danseur japonais Yo Kusakabe, accomplit son rituel, ouvrant un autre espace, froid celui-là, sans relation à la dispute entre l’homme et la femme, contrebalançant les dialogues par le mouvement et le son, opposant passion et indifférence, créant une antinomie entre l’acte entremêlé du couple et celui sans aucune relation du moine. Cette contradiction qui interrompt une narration continue traditionnelle, renforce par contre la tension sur le plateau, et libère les conventions théâtrales. « La pièce ne cherche pas à raconter une histoire vraie ou fictive. Il est préférable de dire qu’elle privilégie une narration, autrement dit que c’est un acte narratif » précise Gao Xingjian.

Alain Timar, le directeur du Théâtre des Halles d’Avignon qui a mis en scène Au bord de la vie, attache également une grande importance aux lumières et au jeu théâtral. La pièce est l’histoire d’une rupture, le monologue et le regard sur soi d’une femme seule. L’arrière plan lumineux presque obscur, laisse deviner les sombres sentiments de cette femme. Le fort contraste des lumières, auquel s’ajoutent les couleurs très vives des costumes qu’accompagnent les grands cadres pendant du plafond, les toiles, les silhouettes, les parapluies et les cordes, dessinent sur la scène un tableau qui n’est pas sans ressemblance avec le monde surréaliste de Magritte.

Le metteur en scène et plasticien Alain Timar est la première personne à avoir présenté Gao Xingjian en France. En 1993, il avait déjà monté ce premier texte directement écrit en français par Gao Xingjian. Fasciné par la sensualité de l’écriture de Gao, qu’il trouve nouvelle et contemporaine, il voit en l’auteur un homme pétri et imprégné de clacissisme et de modernité, un être extrêmement préoccupé par la mémoire et le passé mais en même temps très ouvert sur l’aujourd’hui, la modernité et l’actualité du monde. Il apprécie l’apport de Gao au jeu de l’acteur, qui, tour à tour, entre et sort successivement du jeu, jouant, s’observant jouer ou restant neutre.

Au moment ou Evelyne Istria, l’actrice d’Au bord de la vie entonne de sa voix profonde : « Elle s’aperçoit alors que dans ce monde immense, le seul être solitaire, c’est elle-même… » Ce « Elle » c’est la femme qui parle d’elle-même, ou peut-être l’auteur écrivant sur lui-même, le metteur en scène, l’acteur lui faisant face, le lecteur, le spectateur… lui/elle-même. Notre monde intérieur. C’est aussi ce que Timar appelle une certaine méditation sur la distanciation.

La rétrospective de l’œuvre peinte de Gao Xingjian a lieu du 30 juin au 4 novembre dans la Grande Chapelle du Palais des Papes en Avignon. C’est au début du 14e siècle, en raison de guerres civiles, que la papauté de Rome a déménagé en Avignon, ville chargée de symboles historiques et religieux. Dans cet endroit sont organisées depuis 1997 de grandes expositions mais seulement trois rétrospectives individuelles de peintres modernes : Picasso (1970 et 1995), Dubuffet (1994) et aujourd’hui, Gao Xingjian.

« L’exposition de Gao Xingjian s’installe dans ce lieu qui lui est complètement étranger, dit Yves Kneusé, son architecte et scénographe, sauf que Gao, depuis son prix Nobel, est quelqu’un qui appartient un peu plus au monde entier. Si on lit un côté chinois dans cette œuvre, on lit aussi une relation à la nature, à la naissance, à l’amour, à la terre, au paysage et au ciel…; et l’église dans laquelle on l’installe raconte aussi cette relation à la mort, au ciel. Donc, ce n’est pas de dire « on accroche Gao sur les murs de l’église », c’est dire « Gao vient s’installer dans l’église ». On lui a créé quelque chose qui lui ressemble, qui a à voir avec sa culture, avec lui. »

Pour Yves Kneuzé, réaliser cette scénographie était comme un jeu d’enfant riche en plaisir, parce que, dit-il, « l’œuvre est belle, le lieu est beau et l’expo dans cette structure apporte une dimension essentielle à la vie et à l’art : la légèreté. Cette expo est l’histoire d’un homme qui vit, qui peint, qui écrit et qui porte un regard personnel sur les choses.»

Construire un cocon qui protège et porte en lui les prémices d’un développement, là est le concept de base de la scénographie de Kneusé, une cabane en fait enveloppée d’une peau. La structure à la forme d’une chrysalide de bois brut et de tissu, étendue horizontalement dans l’espace spacieux de l’église. La chrysalide donne un sentiment de vivacité et de légèreté, le bois brut, et le tissu contrastant avec la construction solide et froide, chargée d’histoire de la chapelle. C’est une sorte d’inflorescence, légère et éphémère.

Gilbert Della Noce, plasticien travaillant aussi sur cette scénographie, indique que la légèreté des matériaux lui fait penser à l’Orient. « Cette construction va très bien avec la personnalité de Gao qui est quelqu’un d’extrêmement simple, humble, avec beaucoup de qualités humaines. »

« Dans les œuvres de Gao, ajoute Kneuzé, il y a une importante relation à la sexualité, à la sensualité. Nous avons donc utilisé la transparence pour souligner cette sensualité. Le sensualité entre l’œuvre et la construction est un tissu qui laisse voir, une peau qui laisse transparaître un sentiment. Tissu et peau sont une surface. Quand la lumière la traverse, cette peau dévoile une profondeur, un espace. L’œuvre de Gao est ainsi. »

Jugeant de la scénographie de sa rétrospective, Gao Xingjian, éternel silencieux, n’a qu’un simple mot « c’est bien » qu’il accompagne d’un sourire enchanté. « J’ai envie de peindre un temple ou une église pendant les années que j’ai encore à vivre » ajoute-t-il. Venant de mettre un point final à ces œuvres passées, Gao Xingjian a déjà une nouvelle impulsion créative : peindre des fresques à l’encre de Chine.

Le silence et la méditation qui parcourent son œuvre ne sont guère éloignés de la pensée et de l’esprit réligieux. Peut-être cette idée se réalisera-t-elle un jour. Cependant, il ne se précipite pas vers le destin, il a après tout encore tant de choses à faire. Il pense que l’impulsion créatrice et un langage artistique personnel suffisent à la liberté absolue de création.

戲劇

由歐嘉麗撰文及提供照片

高行健在阿維尼翁

〝我作為一個流亡作家, 唯有在文學和藝術的創作中才得以自救。〞—— 高行健

〝藝術使我們擺脫官方和陳舊的偶像,同時把我們從慷慨的觀念和只不過也是偶像的社會憂慮中釋放出來。〞—— Fernando Pessoa

高行健和Fernando Pessoa兩位作家,兩把不同的聲音,只在表達一個需要 —— 精神上的完全自由。

自從高行健在法國獲得表達自由,他無拘束地游歷於寫作、戲劇和繪畫中。透過這三個領域,他探索生存的本質,人的本性。他在自己開辟的道路上克服種種困難。〝命運扮演了一個決定性的角色。〞他說。他把一部份獲諾貝爾文學獎的成就歸功於命運。藉用〝三生有幸〞一話,高行健把在中國渡過的生活視為第一生,他的第二生,則在法國直到諾貝爾獎頒獎以前,現在,正開啟了他的第三生。為了向高行健致意,阿維尼翁城及其戲劇節在這夏季籌辦了他的兩齣戲劇:《對話與反詰》、《生死界》,兩場作品朗讀:《一個人的聖經》、《文學的理由》,於Theatre des Halles演出,此外還有在教皇殿大教堂舉行的首個高行健畫作回顧展。

〝這全部,給我在第三生以前所創造的作品畫上句號。〞高行健說。

〝原來你在這兒。〞一個微涼的六月清早,高行健坐到早點桌上。偶然地,我們在同一家酒店相遇。桔子汁、小麵包、乾果穀物加奶和黑咖啡。我們在同一張桌子上,隔著一堵無聲的牆,各自沉思著。十五分鐘瞬逝,高踏著一貫匆忙的步伐離開。

酒店距離教皇殿五分鐘的路程。高行健翻過一個極小的山坡到那兒籌辦大型回顧畫展。為了導演他的戲劇《對話與反詰》,又常疾步穿越熱鬧非常的市中心、街道,從教皇殿到劇場。

劇場上,他一會兒踱步台前,一會兒走到幕後,與技術員討論燈光、請工作人員清潔……在教皇殿裡,看看東,張望西,為場地和製作情況拍攝紀錄。〝經歷了九個月的酒店生活,很疲倦。我的戲劇演出,已被排期到二零零四年。〞高行健最大的願望,如今是早點平靜下來,繼續創作。

《對話與反詰》是一場男女對話的角力,舞台設計相當簡潔,白色的盒型斗室中央,只有如床墊、墓石……的潔白長方體,台右則是一個巨型木魚或石塊。壓迫感極濃的空間,由燈光的轉換與演員們的追鬥和身體韻律來營造角力氣氛。男女主角Philippe Goudard和Celine Garnavault的對話以遊戲方式追逐,對打,纏結。營造了視覺外的另一層聲音空間。由日本舞者Yo Kusakabe演繹的和尚卻總在木魚放置的角落,做自己的儀式,在男女對話的角力外,開放另一度互不相干的冷空間,同時以舞、動、聲響來平衡對話,形成冷與熱,糾纏與不相關的矛盾。這矛盾,撕裂傳統敘事的完整性,反倒加強難以命名的舞台張力,把固定的舞台空間變得很自由。

〝這戲不在於講述一個真實或是虛構的故事,更貼切地說,它在賦予‵敘述′一個比故事更重要的特權。換句話來講,這是一個敘述的行動。〞高行健說。

由Theatre des Halles負責人Alain Timar導演的《生死界》,更注重導具和燈光效果。此劇始於一段破裂的感情,一個女子的自語自窺。幾近全黑的背景,透視了女角的陰暗心情。強烈的燈光反差,加上色彩鮮明的服裝和從佈景棚吊下的畫框、畫布、剪影、雨傘、繩索的配合,舞台上瀰漫著畫意,尤其像Magritte的超現實味兒。

兼任導演、舞台設計、造型藝術家的Timar,是把高行健戲劇帶入法國劇壇的第一人。早在一九九三年, 他已把這部由高行健首次以法文直接寫作的文本搬上法國舞台。被高行健文字內的感性吸引的他,認為高的文字創新,具現代感。透過文字,他感到高是個被記憶和過去纏繞,但卻對現代世界抱很開放態度,又精通古今的作家。他欣賞高以遊玩方式在劇中引入問題,使演員在演出的過程中進、出演員本身的或角色的世界,停留在中性身份,觀察自我、演員、角色的關係。最令他感興趣的是,高的劇作有一種令他發展自己創作和思考的可能性。

當扮演女人角色的Evelyne Istria,在《生死界》中,以沉厚的嗓子說著:〝她方才發現,這茫茫世界,真孤獨的並非眼中的他人,恰恰是看他人孤獨的那人自己〞這個〝她〞是女人口中的她自己,或許又是作者筆下的他自己,是導演、對手演員、讀者、看者……的他/她自己。我們的內心。也是Timar所說的某種抽離。

高行健畫作回顧展,於六月三十日至十一月四日期間,在阿維尼翁教皇殿內的大教堂舉行。

在十四世紀初,因意大利內戰,羅馬天主教廷曾一度移居阿維尼翁,並建立了宏偉瑰麗的教皇殿。成為宗教權力重鎮的阿維尼翁是歐洲文化中心,肩負歷史、宗教等各種象徵和意義。這個地方,自一九四七年起曾籌辦過不少舉足輕重的藝術作品展,但以現代藝術家的個人畫展來算,就只有畢加索(1970及1995)、杜貝菲(Dubuffet) (1994),以及現正舉行的高行健回顧展。

〝高行健的展覽被放置在這個與他毫不相關的地方,相干的,或許只是他現在那種更屬於全世界的身份。實際上,在這回顧展中,我們可讀到屬於中國的一面,但同時我們又能閱讀出某些與自然、生、死、愛、風景、土地、天等有關的東西。而這展覽座落的教堂裡 ,述說的其實同樣是關於死亡、天這類關係。因此,不是由我們把高的作品掛在教堂的牆上,而是由高和他的內心世界來安頓在教堂裡。我們為他創作一些相似於他、又關於他的文化和他的東西。〞負責設計這次展場的建築裝置家Yves Kneuse說。

Kneuse覺得這次的工作就像一個孩童的遊戲,在一個美麗的地方,為漂亮的作品而工作,令他雀躍萬分。這孩童遊戲,在生命和作品裡增添了一度本質的空間——輕鬆。〝這畫展是一個故事,一個活著、繪畫、寫作、對事物有個人見解的人的故事。〞

Kneuse設計展場的基本概念,在於建造一個可作自我保護和容許自我發展的繭,如一個用一層〝皮膚〞包裹的小木屋。展場由原色木條和布搭建成橢圓形,長長地橫梗在教堂偌大的空間。橢圓形的展場外型生動又輕鬆,而木、布等粗糙物料,相對於教堂冷硬堅固而承擔歷史的建築,是一種曇花一現的輕盈意態。

參與後期展場製作的造型藝術家Gilbert Della Noce指出,利用木料作建造,是因為其簡樸的個性,而木材的輕盈建築,令人想起東方:〝這樣的設計,很適合高行健簡樸、謙遜的個性和極人道的品德。〞

Kneuse補充說:〝高的畫作,有一度很重要的性感和感性空間,因此我們運用透明度突出這感性。介於畫作和展場建築的感性,是讓人看的布料,把情緒呈現出來的皮膚。布料如皮膚,是一張表層,當光線透過表層,皮膚顯露出一種深度,一個空間。高行健的作品就是這樣一個表層,表層下,是一種深度。〞

對於回顧展,沉默依舊的高行健,用了〝挺好〞一句簡潔的話來襯托臉上愉快的笑意。

〝我想在有生之年畫一個寺廟,或是一個教堂。〞剛為過去作品畫上句號的高行健,已有了新的創作衝動——畫水墨壁畫。

高行健作品中那種靜默和沉思的情懷,確實與宗教的宗旨和精神互不相違,或許有一天,他會實現這構想。然而,他抱著隨緣的心態,不焦急,畢竟,他要做的事情還很多。他認為只要有創作的衝動和個人獨特的藝術語言,便能獲得創作上的絕對自由。