French Cinepanorama

Loin, le désir d’ailleurs

Par Gérard Henry

Je ne veux plus attendre, j’ai fait cela toute ma vie ! » dit Saïd, petit marocain râblé qui rêve de passer le bras de la Méditerranée qui sépare Tanger d’Algésiras en Espagne, pour aller trouver son eldorado : un travail en Europe.
Loin, c’est le titre du dernier film d’André Téchiné, montré à Hong Kong dans le French Cinepanorama, festival qui comporte cette année une rétrospective de ce réalisateur. « Loin » car ses personnages ont le regard tourné sur un horizon lointain, la ligne bleue de la Méditerranée pour les uns, la ligne blanche d’un rêve pour les autres.

Le film d’André Téchiné tourne magiquement autour du chiffre 3, trois personnages : Serge, Saïd et Sarah, trois moyens de transport : le camion, le scooter et la bicyclette, trois jours qui saisissent trois vies, une ville, la mer, une histoire…

Une histoire qui se passe à Tanger, ville quelque peu mythique du Maroc, assise en bordure de la Méditerranée au nord de l’Afrique et pendant longtemps porte de l’Afrique pour les Européens et de l’Europe pour les Africains. Dans ce décor de ruelles en escaliers, de foules bavardes, de terrains vagues écrasés de soleil, dans ce va et vient d’énormes camions, ces trois personnages s’entrecroisent, rebondissent l’un sur l’autre. s’éloignent ou se rapprochent, un peu comme dans un jeu de billard qui aurait pour tapis lumineux Tanger.

Serge, personnage solitaire au caractère aventurier est français et chauffeur de poids lourd, il transporte les textiles des usines marocaines vers l’Europe. Saïd est un jeune arabe venu du sud marocain, rural, astucieux et débrouillard, et pour lequel les méandres de la ville n’ont plus de secret. Assis devant la mer à contempler sur l’horizon la ligne floue de l’Espagne, il n’a qu’un rêve, se glisser sous le châssis de l’un de ces gros camions pour passer de l’autre côté et rejoindre le flot des immigrants vers le nord. Sarah, jolie juive marocaine très vive, gère un petit hôtel que sa mère qui vient de décéder lui a laissé. Elle envisage de quitter aussi le Maroc et de rejoindre son frère au Canada. Serge et Sarah s’aiment mais ne cessent de se quitter, Saïd qui travaille à la pension de Sarah est entre eux le lien vital. Il a besoin de l’aide de Serge pour passer de l’autre côté de la mer.

Au travers de ces trois jours et de ces trois personnages, Téchiné nous fait entrer dans le monde effervescent de Tanger, dans celui, sordide, du trafic de drogue mais aussi dans les mystérieux faufilements nocturnes de l’immigration clandestine, sans prétention didactique, juste dans un souci de réalisme. Omniprésente dans ce film est la ville elle-même, Tanger, dont il a réussi à saisir l’atmosphère sans jamais tomber dans le piège de l’exotisme, même s’il l’évoque délicatement, avec le personnage d’un vieil américain homosexuel qui vit encore dans un Maroc rêvé, clin d’œil aux William Burrouhgs ou Paul Bowles qui ont fait la légende de cette cité.
Il y a comme souvent chez ce réalisateur une très forte sensualité qui s’exprime dans l’attitude et les gestes des acteurs. On sent que lors de la réalisation du film, c’est l’expression des corps qui domine et que le langage leur est subordonné, ce que confirme d’ailleurs Téchiné : « Ce sont des personnages solitaires qui sont, en quelque sorte, toujours accompagnés de leur propre corps. Cette relation corps-personne m’intéresse beaucoup. Et là je suis même allé un peu plus loin : j’avais envie de montrer l’ombre que l’on trimbale aussi, surtout dans les pays très solaires. »

La richesse et le plaisir de ce film viennent de ces interstices où se glissent d’autres personnages, d’autres histoires, d’autres moments apparemment gratuits mais qui tissent une toile vivante dans laquelle parfois le temps s’arrête, comme lors d’un pique-nique dans la campagne marocaine, une visite au cimetière juif, des enfants qui jouent sur un terrain vague ou des acrobates la nuit sur la plage.

Autre trouvaille : l’association judicieuse de chacun des personnages à un moyen de locomotion : l’énorme camion rouge de Serge qui rappelle tous nos rêves adolescents de voyage et que Téchiné prend plaisir à filmer d’en dessous pour en intensifier la taille et la force ; le scooter impétueux de Sarah qui traverse Tanger à grande vitesse comme en osmose avec le caractère de feu de la jeune fille, et surtout le vélo de Saïd, sa seule richesse, qu’il ne cesse de graisser et de faire reluire.

Téchiné revient dans ce film à l’un des thèmes qu’il affectionne : l’adolescence et la jeunesse, la difficulté, l’angoisse de ces jeunes face à un choix qui influencera toute leur vie : partir ou rester, immigrer, quitter un pays que tout compte fait ils aiment, pour une terre inconnue dont il ne possèdent que quelques images incertaines.

La sortie de loin cet automne en France est l’occasion de présenter à Hong Kong quelques points forts de l’œuvre d’André Téchiné, on pourra revoir ou voir durant le Festival aux Hong Kong Film Archives : Hôtel des Amériques (1981), Le lieu du crime (1986), Ma saison préférée (1993), Les Roseaux sauvages (1994) et Les Voleurs (1996).

 

 



法國電影節

遙遠或是嚮往他鄉

敖樹克 撰文

〝我不想再等了,我已等了一輩子!〞薩德抱怨道。矮小健碩的摩洛哥人薩德一直夢想跨越那分隔丹吉爾及西班牙海岸城市阿爾赫西拉斯的地中海海峽,到彼岸尋找他的黃金國:到歐洲找一份工作。

《遙遠》是導演安德烈.泰希尼的最新作品,被選在本屆法國電影節中放映。今年的法國電影節還包括了這位導演的電影回顧。〝遙遠〞是因為片中人物的目光都是遙望著遠方天際,對一些人來說那只是地中海蔚藍色的水平線,但對另一些人來說,那卻是將夢想分隔的一條白線。
這齣安德烈.泰希尼的新作離不開數目的3字,三個人物:沙治、薩德、莎拉; 三種運輸工具:貨車、小型摩托車、腳踏車;影響著三個生命的三天;一座城市,一個海洋,一個故事……

這故事發生在丹吉爾,一個帶點兒神秘的摩洛哥城市,它座落於北非地中海的邊陲,曾經有一段長時期是歐洲和非洲互通的大門。在這齣以梯階小巷、噪吵的人群、陽光暴曬下的荒地、無數不斷穿梭的巨型貨車為背景的電影中,這三位主角的關係互相抖纏不清,時而親密,時而疏遠,就像一場以明亮的丹吉爾為賭注的桌球比賽。

沙治是一名性格孤獨及富冒險精神的法國人,其職業是貨櫃車司機,專責運送布匹及成衣往來摩洛哥及歐洲。年青的薩德來自摩洛哥南部的農村,為人機靈大膽,對丹吉爾的大街小巷瞭如指掌。他經常坐在海邊遙望著遠方西班牙模糊的海岸線,心中只有一個夢想,藏身於其中一架巨型貨車的車架中偷渡到彼岸,從而加入移民往北部的人潮。猶太裔摩洛哥少女莎拉活潑美貌,負責打理剛去世的母親留給她的一家小旅館。她同樣希望離開摩洛哥,盼望到加拿大與哥哥重聚。沙治與莎拉相戀,但又必須經常分開,而在莎拉的小旅館工作的薩德卻是他們二人之間的一個重要聯繫。他需要沙治的幫助才可以渡過彼岸。

透過這三天的時間和這三個人物,泰希尼以寫實但卻無說教意味的手法帶我們進入丹吉爾這動蕩的世界,讓我們看到一個充滿污穢、毒品買賣、偷運人蛇等黑暗交易的城市。在本片中無處不感覺到丹吉爾這城市本身的存在,
泰希尼沒有刻意表達異國風情,只是寫實地捕捉這城市特有的氣氛,雖然他以輕描淡寫的手法帶出一位仍活在一個夢想中的摩洛哥之年老美籍同性戀者,藉他來喚起兩位為這城市創造傳奇的人物:William Burrouhgs 及Paul Bowles。

如這位導演的所有影片一樣,本片透過演員的表情和動作表達出極濃厚的人情味。我們可藉此感覺到在拍片的過程中,身體語言是佔主導地位,對白只屬次要。泰希尼本人還就此補充說:〝這些人某程度上都是一些性格孤獨,通常只與自己身體為伍的人。我最感興趣的就是這種〝身體 -人〞的關係。而在這部電影中我甚至再誇張一點:我希望能同時顯示那被我們拖著的影子,尤其是在陽光燦爛的國家更為明顯。〞

本片精彩之處來自加插了其他的人物角色、故事及情節,這一切雖然看來與故事無關,但卻編織成一幅活潑生動,有時能令人沉醉其中的圖畫,譬如在摩洛哥郊外野餐的那一幕;參觀猶太人的墓園;兒童在荒地上玩耍或是晚間雜耍藝人在沙灘上表演等。

其他的新發現:利用運輸工具合理地分析每個人物的個性:沙治的紅色重型貨車,它喚起我們年青時希望四處遊歷的所有夢想,泰希尼還刻意由貨車的下面向上拍攝以誇張其體積和威力;莎拉騎著她的小摩托車高速地在丹吉爾穿來插去,這輛橫衝直撞的小型摩托車正好配合這少女火爆的性格,但最貼切的應算是薩德的腳踏車,他不停地為他這件唯一的財產抹油打蠟。

泰希尼在本片中再次講述一個他喜歡的主題:少年人和青春時代,這些年輕人面對影響他們一的抉擇時所感受的困難與痛苦:離開還是留下來,移民,離開一個任何事物都是自己所愛的國家到一個完全陌生,前景模糊的地方。
泰希尼的新作《遙遠》正好讓香港的觀眾進一步認識這位導演的作品。在法國電影節期間,我們更有機會在香港電影資料館欣賞或再次欣賞他的幾部傑作:《美利堅酒店》(1981)、《罪案現場》(1986)、《美好時日》(1993)、《野蘆葦》(1994)及《賊》(1996)。