Lecture

Tristes Automnes

Par Gérard Henry

Un titre hautement poétique pour cet ouvrage de Nicolas Chapuis. Titre qui évoque instantanément les frimas de novembre, la mélancolie, les jours sombres et pluvieux et, pressentie au creux de ces journées mornes, la mort embusquée. La poésie constitue en effet le cœur de cet ouvrage même si le propos de l’auteur est de définir au travers d’elle une poétique de l’identité dans la Chine ancienne.

Nicolas Chapuis est un lecteur assidu de poésie chinoise mais c’est aussi un penseur qui, fréquentant beaucoup la Chine, s’intéresse à ce que certains appellent « la crise de la conscience chinoise », la difficulté apparente que cette très vieille civilisation a à s’adapter au monde moderne, car victime de la « Tyrannie de l’histoire », de son histoire. Or, à l’instar de Qian Zhongshu, l’intellectuel et écrivain chinois disparu en 1998 avec qui il a eu de nombreux entretiens, la Chine, pense-t-il, a retrouvé une puissance culturelle et morale qui devrait lui permettre, entre une troisième vague du confucianisme ou une occidentalisation à outrance, une troisième voie.

Questionnant le principe souvent soutenu par les occidentalistes et les néo-confucéens selon lequel le dualisme est exclu de la pensée chinoise, que la vision du monde et la conscience de soi se confondent avec la conscience du tout, que la pensée chinoise ne saurait reconnaître l’autre, Nicolas Chapuis tente au travers de cette recherche d’aller à l’encontre de ce cadre philosophique ancré dans les esprits, pour « suivre les empreintes de cet autre invisible et tenter de nommer ce qui ne l’était pas, de poser, précise-t-il dans son introduction, les jalons d’une ontologie chinoise qui transgresserait l’interdit du dualisme ».

C’est donc à une passionnante lecture de poésie commentée que nous convie Nicolas Chapuis dans cet ouvrage qui, écrit limpidement, s’adresse autant au néophyte qu’au sinologue. Plutôt que de commenter les nombreux thèmes abordés dans cet ouvrage, je voudrais souligner à quel point il nous ouvre large le domaine de la poésie chinoise que beaucoup d’entre nous survolent, faute d’en avoir la clé d’entrée. Il nous fait pénétrer dans le monde intérieur des grands poètes de la Chine ancienne dont les sentiments, les préoccupations majeures, les interrogations quant au sens de la vie nous deviennent proches. Au travers de cette lecture dépoussiérée et revivifiée de la poésie chinoise, ce sont de véritables pans de la culture chinoise qui se révèlent, et l’on découvre l’extrême richesse de cette poésie tant sur les plans de la sensibilité, du pouvoir d’évocation que du sens.

L’ouvrage comporte également un chapitre pertinent sur « le discours poétique chinois » qui montre l’importance et la place centrale de la poésie dans la Chine ancienne et ses relations à l’éducation, au pouvoir, à la politique, à la morale. L’analyse suit ensuite un cours fluide :

« De la morale au sentiment », du « sentiment à l’émotion » pour aboutir à l’éveil avec le grand poète DuFu (712-720) et les Huit poèmes de son « Eveil d’automne » dont Nicolas Chapuis propose la première traduction intégrale en langue française, qu’il accompagne d’un commentaire détaillé nous en dévoilant toutes les significations des images et des symboles.

J’ajouterai une mention spéciale pour le dernier chapitre intitulé malicieusement « La courbure vénéneuse » dans lequel l’auteur explore la part de l’ombre de ces poètes et la menace « des pensées débridées », et dans lequel il met en parallèle poésie chinoise et occidentale, une chose rare dans ce genre d’ouvrage mais qui curieusement, en ôtant à la poésie chinoise le côté exotique que l’on pourrait lui prêter, nous la rend plus intelligible. Ainsi de ces quelques exemples :

« Son corps
S’élance lentement comme un cygne surpris,
Aussi séduisant qu’un dragon en mouvement… » Cao Zhi (3e siècle)

« Oh, compagne si ravissante,
Ah, lentement langoureuse… » Livre des poèmes

« A présent, les danseuses
enroulent leur corps comme des anneaux,
en des mouvements tournants et
sinueux… » Les chants du sud

avec mis en parallèle :

« La taille ravissante, un serpent dans du satin et des dentelles. » Mérimée

« A te voir marcher en cadence,
Belle d’abandon,
On dirait un serpent qui danse,
Au bout d’un bâton. » Baudelaire

« N’est-ce pas le serpent qui ondule,
Dans la souple beauté des vierges aux seins nus ? » Victor Hugo

 



閱讀樂

秋愁

法國作家Nicolas Chapuis為他這本著作起了一個極具詩意的書名。它教人想起了十一月白霜滿天的凄迷、煙雨迷濛的灰暗日子,而在這些令人憂郁傷感的日子中更讓人隱約感覺到死神的埋伏。雖然作者只是希望藉這作品來闡明古代中國詩作中的個人風格,但這作品的精髓卻明顯是由詩歌所組成。

Nicolas Chapuis很喜歡中國的詩歌,他同時亦是一位思想家,經常到中國遊歷,更對被部份人稱為〝中國人意識的危機〞這情況十分關注,認為中國這個有著悠久歷史背景的文明社會對適應摩登世界明顯出現困難,其理由是因為中國長久以來受到〝專權歷史〞的束縛和背負著本身歷史的枷鎖。而他的想法正好與曾經多次與他會面,一九九八年逝世的中國學者兼作家錢鍾書的想法一樣,認為中國在文化及道德上已重新獲得力量,應該有能力在興起的第三浪儒家學說或是徹底地西方化之間找到一條新出路。

Nicolas Chapuis質疑受親西方人士或崇尚新儒學的人所支持的那一套理念:指中國人的思想排斥二元性,指世界觀及自我意識和所有意識混淆不清,還有就是中國人的思想模式並不懂得將〝他人〞與自己分辨開來,而他的作品中所探索的正好與這種已在人們腦子中根深蒂固的哲學模式背道而馳,他是希望藉此來〝追尋那看不見的‵他人′之足跡,以及嘗試為這未曾存在過的命名〞,在書的前言中他還這樣表明,〝為一種能打破禁止二元論的中國本體論的學說奠下基礎。〞

在這部精彩的作品中Nicolas Chapuis邀請我們閱讀一些附有註釋的詩歌,他的寫作手法清晰明白,而針對的讀者對像有漢學家亦有剛開始對中文詩作感興趣的人。我本人認為,與其論述這著作中所涉及的多個主題,不如著重指出這作品如何將中文詩作的領域擴闊,讓有興趣的人更容易進入,因為我們當中有大部份人對中文詩的認識只屬皮毛,原因是找不到深入瞭解的竅門。Nicolas Chapuis帶我們深入古代中國詩人的內心世界,讓我們透過詩文體會這些詩人的情懷、所關注的事物、對生命意義的疑問。透過閱讀這些煥然一新及活力再現的詩歌,中國文化中一些真實的情況重現我們眼底,而我們亦可藉此看到中文詩作無論在感性,在喚起回憶或意義上的表達能力是何等的豐富。

這著作亦同時包括一章有關《中文詩的論說》,作者以中肯的手法顯示出詩歌在古代中國的重要性及其中心地位,還有它與教育、權力、政治、道德的關係。 跟著是一系列不同主題的分析文章:《由道德到感性》、《由感性到感情》,之後以一章《醒覺》及唐代著名詩人杜甫的《秋興八首》來結束分析。Nicolas Chapuis更首次將這八首詩全部翻譯成法文,而每首詩均附有詳盡的註釋,為我們揭露詩中所有意像的含意及象徵意義。我更要特別一提這書的最後一章,作者調皮地以《曲的迷惑》來命名,當中他探討古代詩人隱晦的一面及〝思想放縱〞的徵兆,並且拿中國和西方的詩歌作比較,這手法在同類作品中實屬少見。而奇怪地,當除去中文詩中我們可能認為是異國特色的地方後反而令它更容易明白。