Céramique

Le pot de chambre revisité

Par Gérard Henry

« Je préfère à mon pot de chambre qui me sert, un pot chinois, semé de dragons et de mandarins, qui ne me sert pas du tout (…) » Théophile Gautier (Préface de Mlle Maupin).

Si Théophile Gautier avait mieux connu la Chine, il n’aurait pas eu à faire un tel choix et bien au contraire aurait pu joindre l’utile à l’agréable, car le pot de chambre était dans l’antiquité chinoise un objet d’art utilitaire des plus raffinés qui fait aujourd’hui l’envie des collectionneurs.

En Chine, urinal spécialement destiné aux hommes, il portait le nom de huzi « petit tigre », car certains avaient la forme d’un tigre, pattes repliées, à l’affût, prêt à bondir, la gueule grande ouverte pour accueillir le précieux organe de son maître empereur et soulager son impériale vessie. On le tenait en position à l’aide d’une petite poignée située sur le dos. C’est ce qu’explique Caroline Cheng, directrice de l’atelier de poterie du Fringe Club (The Pottery Workshop) qui, fascinée par cet ustensile et toujours prête à rire, a invité une trentaine de potiers-céramistes réputés de par le monde à proposer leur propre version contemporaine du huzi.

Le nom commun en chinois est yehu, « vase de nuit », comme dans la langue française qui propose d’ailleurs d’autres versions : Le goguenot ( emprunté au patois normand qui désigne ainsi le pot à cidre) ou encore le bourdalou, (du nom d’un célèbre prédicateur) de forme oblongue, utilisé au 18e siècle par les dames et dans le fond duquel était peint un œil accompagné d’inscriptions licencieuses.

C’est à ce genre de détails que l’on distingue un pays civilisé. Ces « petits tigres » chinois, explique Caroline Cheng, étaient faits d’argile et utilisés couramment durant l’époque des Trois Royaumes, des Dynasties du Nord et du Sud il y a environ 1900 ans. Ils accompagnaient également le mort dans l’Au-delà afin qu’il dispose là aussi de tout son confort. Ces pots sont d’ailleurs toujours utilisés le long du Yangtsé et Caroline a même rencontré à Yixing, l’un des grands centres chinois de la poterie, une vieille potière de 80 ans dont c’était l’unique gagne-pain. Ces petits objets sont à rapprocher des oreillers de céramique ou lampes à huile, mais ne sont pas toujours innocents puisque par exemple en 1856, la nomination de Harry Parkes comme consul britannique à Canton provoqua l’ire des Chinois qui, par esprit de vengeance et pour se gausser de lui, firent des vases de nuit à son effigie.

Les œuvres des céramistes qui ont répondu à l’invitation de Caroline Cheng ont fait l’objet d’une exposition en octobre au Pottery Workshop. Elles étaient de grande qualité et très imaginatives. Beaucoup de formes animales : tigre, grenouille, chat, coq, la gueule grande ouverte prête à l’usage. D’autres artistes comme Fiona Wong (Hong Kong) ont cependant ménagé l’ouverture à l’arrière-train afin, dit-elle, « de rétablir la dignité de l’animal habitué à servir l’homme de sa bouche ».

Les formes varient grandement mais tous ces vases de nuit sont apparamment fonctionnels, certains à usage des femmes , d’autres unisexe ou modulables. Cassandra Ho (Hong Kong) et Arata Anzai (Japon) ont fait de délicats vases de nuit très intimes et frisant l’érotisme, l’un de motifs bleu et blanc, l’autre d’un léger jaune translucide. Le Canadien Victor Levin a imaginé avec humour un vase familial à plusieurs entrées. Le plus astucieux est Chris Lo (Hong Kong) qui s’est inspiré d’une boule de bowling , que l’on tient par les empreintes de doigts creusées dans l’épaisseur de l’argile et munie d’un petit col et d’un capuchon. L’exposition a pris fin mais l’on peut espérer qu’elle servira d’inspiration pour redessiner ces ennuyeux urinaux de plastique que l’on nous sert dans les hôpitaux.

Et pour parler encore de pot de chambre, écoutez en conclusion la mésaventure arrivée au grand dramaturge Racine et qu’il raconte lui-même dans une lettre datée du 11novembre 1661 au poète Jean de La Fontaine:

« J’avais commencé dès Lyon à ne plus guère entendre le langage du pays, et à n’être plus intelligible moi-même. Ce malheur s’accrut à Valence, et Dieu voulut qu’ayant demandé à une servante un pot de chambre, elle mit un réchaud sous mon lit. Vous pouvez vous imaginer … ce qui peut arriver à un homme endormi qui se sert d’un réchaud dans ses nécessités de nuit . »

 



陶藝

〝虎子〞新探

敖樹克 撰文 - 王人德 譯

〝我有一只便壺供我使用,但我更鍾情於一只飾有龍紋和人物的中國便壺,供我翫賞……〞——泰奧菲爾.戈蒂耶:《莫班小姐》序言

如果泰奧菲爾.戈蒂耶對中國瞭解多點,他就無需作這種選擇,相反,他大可將適用與翫賞相結合,皆因中國古代的便壺是最精巧雅緻的實用藝術品,令今天的收藏家為之歆羨,極想佔有。

在中國,尿壺是男人的專利品,稱作〝虎子〞,即〝小老虎〞之謂。這是因為有些便壺,形似一隻趴在地上的老虎,收縮著爪子,窺伺著,隨時準備騰空躍起,張開血盆大口,迎接牠那威若帝王的主人的陽物,為他舒解積在腹中的過多的尿液。使用時握著壺背上的提樑以較正方位。藝穗會樂天陶社的負責人鄭褘女士這樣娓娓道來。她深為這瀝器所迷,並總是爆出爽朗的笑聲。她邀請世界各地三十幾位知名的陶瓷藝術家,貢獻出他們製作的富現代理念的〝虎子〞。

在中國,這男性瀝器俗稱〝夜壺〞,在法國情形也一樣,便壺也有其俗名,稱作le goguenot 或bourdalou。前者為諾曼第方言盛蘋果酒的罐子,後者則為一著名傳教士的大名。法國的這種便壺呈橢圓形,十八世紀時為女性專用。在壺的底部畫著一只眼睛,旁邊寫著猥褻的字句。

我們正是透過夜壺這類微不足道的東西來辨別一個國家的文明程度。這些〝小老虎〞由陶土製成,盛行於距今約一九○○年前的三國及魏晉南北朝時代。鄭女士這樣解釋道。它們亦成為陪葬品,好讓死者在九泉之下仍可享受這種文明產物。這器物在長江流域一帶一直盛行不衰。鄭女士曾在中國的陶瓷重鎮之一的江蘇宜興遇到一個年近八旬的老嫗,她仍用手捏方法,製作〝虎子〞,藉以維持生計。這個器物與瓷枕、油燈一樣,都是日常生活用具,但它並非總是這般純潔無辜的。一八五六年,哈里.帕克斯(Harry Parkes)被任命為英國駐廣州的領事,這激怒了中國人,於是,他們製作了繪有其人像的夜壺揶揄他,以洩心頭之恨。

應鄭女士之邀前來參展的陶藝家們的作品於十月間在樂天陶社展出。作品質素極高且充滿想象。器物呈各種動物形象:有老虎、青蛙、貓、雄雞等,個個都張開口擺出侍候主人的架勢。另有一些陶藝家如黃麗貞等,他們更是匪夷所思,將窟窿開在動物的臀部,黃麗貞戲說道:〝這是為一向以嘴事人的動物討個公道,還牠們以尊嚴。〞

形式雖然千奇百怪,但所有這些器物都很適用。有女性專用的,男女通用的,可隨意調節的。香港的何善影及日本的Arata Anzai製作了非常私人、精緻細巧、跡近色情的便壺。其一繪上藍白圖案,另一個則塗上半透明的黃色。加拿大的維克托.萊文(Victor Levin)則製作了頗為幽默的、開有幾個孔的家庭用便壺。最為匠心獨運的是羅士廉(香港),他受保齡球啟發,製作了狀似保齡球的夜壺,陶瓷質的壺身有握著保齡球留下的五個手指印,配以壺頸及套蓋。展覽業已結束,但願能予人一些啟迪。當你面對醫院那討厭的塑膠尿壺時,腦海裡能浮現出一些新穎的形象。

在結束本文之前,不妨再聽一則有關便壺的軼事。這是大劇作家拉辛經歷的一場不愉快的遭遇。他在一六六一年十一月十一日致詩人讓.德.拉封丹的信中這樣寫道:〝從里昂開始,我便幾乎聽不懂沿途的地方語言,別人也聽不懂我的話。在到達瓦朗斯(Valence)時,痲煩就更大了。我問一個女僕要一只夜壺,她卻將一只取暖用的爐子放在我的床頭。真是老天弄人。試想,如果你半夜起身解急,睡眼惺忪,睡意朦朧,錯把暖爐當尿壺,那將是怎樣一種情景。〞