Art et Histoire
Texte : Gérard Henry

I like Hong Kong II : Diaspora topique

L'artiste chinois Chen Zhen 陳箴(1955-2000), qui a habité en France jusqu'à sa mort, a créé le concept de « transexpérience » pour parler de sa situation d'artiste faisant partie de la Diaspora chinoise. Comme l'a écrit Melissa Chiu dans « Different Homes / Different Diasporas: Strategies of Survival for Chinese Overseas Artists » (Yishu. Journal of Contemporary Chinese Art, septembre 2004) à propos de la situation de ces artistes chinois à l'étranger : « Selon Chen Zhen, la transexpérience “résume avec vivacité et profondément l'expérience de vie complexe que constitue la séparation de son endroit natal et une migration de pays en pays dans le cours d'une vie.” La transexpérience suggère ainsi non pas tant une expérience individuelle de voyage mais une “solitude interne de spiritualité et le chevauchement des expériences de vie”, un type de “manque de racines culturel”, c'est-à-dire que vous n'appartenez à personne, mais que vous êtes en possession de tout. »

Même s'il est sans doute difficile d'arguer avec succès que la communauté chinoise de Hong Kong est une diaspora, il serait tout aussi difficile de la voir comme étant intégrée sans difficultés dans le corps social de la Chine continentale à laquelle le territoire est maintenant attaché politiquement. Mais, comme nous l'avons déjà vu, il n'est pas si aisé à répondre à la question de savoir si ce corps social forme lui-même un tout cohérent. En bref, il existe un certain consensus sur l'idée que Hong Kong a retenu un nombre de traits culturels qui l'a mise à part du canon de la culture chinoise depuis la création de la colonie par les Anglais. C'est justement dans ce contexte que le stéréotype déjà ancien de « East meets West » a été paradoxalement fécond pour la création d'un contexte culturel vu comme atypique tout autant par les Chinois que par les habitants étrangers du territoire. Ce contexte culturel, historiquement jeune quand on le compare à la vision traditionnelle de la culture chinoise prise dans son ensemble, est problématique car il s'appuie sur certains aspects de la culture qui ne sont pas considérés comme dignes d'attention par les représentants de la culture haute en Chine.

Depuis la dernière partie du vingtième siècle, le concept de culture a subi des transformations dramatiques et, ce qui était il n'y a pas si longtemps considéré comme de simples amusements, c'est-à-dire les films et les bandes dessinées, est maintenant étudié et admiré tout autant que les formes d'expression plus anciennes, telles que la poésie ou une certaine forme de peinture. Et ce sont ces aspects d'une nouvelle définition de la culture qui ont été particulièrement bien représentés sur le territoire. De même, la forme de la langue cantonaise parlée dans les zones urbaines de Hong Kong et des Nouveaux Territoires a énormément contribué à la création d'une identité hongkongaise.

Comme je l'ai déjà dit, il n'est pas évident de parler d'une communauté chinoise de Hong Kong. Même s'il y a un clair consensus sur leur appartenance à la sphère culturelle chinoise (comme il y a un tel consensus en Allemagne, même s'il y a de nombreuses façons d'être Allemand), les Chinois de Hong Kong ont leurs racines dans différentes parties de la Chine, que ce soit Hong Kong, la province de Guangdong ou d'autres régions du continent encore plus éloignées. Ce n'est donc que pour simplifier que l'on peut parler d'une communauté chinoise cohérente à Hong Kong. Demandez à l'un d'eux (plus spécialement un adolescent) s'il est Chinois, et il y a de fortes chances pour qu'il s'assure que vous n'entendez pas par là qu'il vient de la Chine, pour être sûr que vous ne le preniez pas pour un « Chinois du continent ». Même s'il semble y avoir une plus grande acceptation de sa nouvelle nationalité, la communauté chinoise de Hong Kong est encore très largement attachée à ce qu'il faut bien appeler son héritage hongkongais. Le fait qu'un des plus grands musées de Hong Kong s'appelle le « Hong Kong Heritage Museum » est une indication très claire qu'un énorme effort est fait pour établir et clarifier cette notion par les autorités locales, qui sont ici soutenues par une immense portion de la population.

Mais le fait demeure que Hong Kong est maintenant une partie de la Chine continentale et a en fait toujours été attaché géographiquement au continent. Appeler la communauté chinoise de Hong Kong une « communauté diasporique » peut sembler un peu tiré par les cheveux s'il n'y avait pas ce sentiment toujours présent de sécession culturelle. Singapour paraîtra un endroit bien plus indiqué pour  trouver de tels sentiments, et c'est bien sûr en grande partie vrai. Tout le monde s'accorde à l'appeler une ville chinoise, même si la diversité ethnique qui y a toujours régné semble s'accroître, et sa culture locale semble être de plus en plus détachée des traditions chinoises du continent, en faisant ainsi un candidat idéal pour l'appelation de « société chinoise diasporique ». Le fait que Singapour appartienne géographiquement à la Malaisie rend cette proposition encore plus acceptable. Et pourtant, il existe à Hong Kong au moins une des conditions qui crée le sentiment d'appartenir à une société diasporique : le sentiment d'être éloigné du centre traditionnel de la culture. Puisque le concept de « diaspora » n'est évidemment pas adéquat en lui-même pour qualifier la communauté chinoise de Hong Kong, il sera sans doute nécessaire de lui donner un autre nom après l'avoir comparé avec un type de diaspora plus généralement accepté.

Prenons donc l'exemple des membres de la communauté chinoise de Vancouver qui semble montrer toutes les caractéristiques d'une diaspora : ils vienent d'une zone géographique différente qui est encore perçue comme étant le lieu d'origine (qui est d'ailleurs Hong Kong pour la plupart d'entre eux), ils ont une mémoire collective (qui se matérialise souvent dans leur langue et des restaurants de style hongkongais, c'est-à-dire une façon de vivre « à la hongkongaise »), et au moins une importante partie de cette communauté considère encore Hong Kong comme étant l'endroit où eux-mêmes ou leurs descendants devraient retourner. A des degrès différents, il est possible de retrouver quelques unes de ces caractéristiques dans la communauté chinoise de Hong Kong. Si de moins en moins d'habitants du territoire sentent qu'ils proviennent de régions différentes de la Chine (je ne parle que de la génération née à Hong Kong), leurs cultures locales d'origine sont encore vivantes : l'abondance des restaurants de Chaozhou, de Shanghaï ou d'autres régions, et le fait que nombre de dialectes soient encore parlés dans le contexte familial indique que la diversité est une caractéristique qui perdure. La plus forte indication cependant est ce sentiment d'une mémoire collective qui trouve ses racines précisément dans la création d'une diversité culturelle proprement chinoise. Un élément qui n'appartient pas à la notion communément acceptée de « diaspora » cependant, est le désir de « rentrer chez soi » : la communauté chinoise de Hong Kong se sent parfaitement chez soi sur le territoire et ne voudrait pas retourner vers les régions de Chine variées d'où sont venus leurs parents ou leurs grands-parents.

Pour accomoder ces restrictions au concept de « diaspora », il faudrait donc introduire la notion de « diaspora topique de deuxième et troisième génération » pour parler de Hong Kong, et le fait que l'emploi des deux premiers termes de cette expression soit une contradiction la rend en fait particulièrement bien adaptée à la situation de Hong Kong qui se nourrit souvent, et avec succès, de telles contradictions. Pour clarifier, on pourrait dire que ce sentiment de non-appartenance est bien présent, mais tourné vers une culture qui est toujours considérée comme chinoise. Pour le moment, mais les choses vont inévitablement changer dans le futur, les individus de la communauté chinoise de Hong Kong se considèrent comme incapables de s'adapter à la culture contemporaine de la Chine continentale, et se sentent souvent bien plus confortables dans des endroits où ils sont vraiment des membres d'une véritable diaspora, comme Vancouver où la Grande Bretagne. Toujours des « outsiders » dans leur propre culture chinoise, pourvus de nationalités différentes (et la survivance du passeport « British National Overseas », qui est encore moins pratique que le nouveau passeport de la Région administrative spéciale, illustre parfaitement la situation hongkongaise), les « Hong Kong people » se sentent pourtant très à l'aise dans leur pays de cocagne politique et culturel. On pourrait voir de tels cas de création identitaire se multiplier dans l'histoire : plus les conditions pour conserver sa propre identité culturelle sont difficiles et plus les acteurs de cette identité feront d'efforts pour la défendre et la cultiver. Ce qui rend la situation de Hong Kong exceptionnelle, si on la compare à la situation des Basques en France et en Espagne par exemple où les difficultés sont d'ordre politique et non culturel, c'est que celle-ci provient des problèmes inhérents à la cohérence de sources culturelles si variées et si complexes. Si Hong Kong n'avait pas été un environnement si peu adapté à la création d'une tradition, cette tradition n'aurait problablement jamais été créée. Et c'est précisément sa propre hybridation, toujours sur le point de se dissoudre, qui l'a rendue si difficile à saisir pour ceux qui ne la voient que de l'extérieur, ceux qui prennent cette hybridation pour une absence de culture et de tradition. Permettez-moi de l'écrire clairement et de la proclamer bient haut : il y a une identité culturelle hongkongaise.

Avant de passer aux représentants de la communauté artistique du territoire, je voudrais parler brièvement de cette nébuleuse de la culture populaire dans laquellle ils ont pu trouver un terreau fertile. Le cinéma, la variété et la bouffe sont certainement ce par quoi Hong Kong s'est rendu célèbre dans le monde chinois d'abord et dans le monde entier ensuite. Mais d'autres aspects de sa culture ont pris assez récemment des proportions que peu d'acteurs de la culture locale auraient soupçonnées. En effet, la BD et la littérature commencent, assez discrétement il est vrai, à se tailler une place sur la scène internationale. Mais pour passer en revue ces domaines de la culture populaire de Hong Kong, il faut d'abord se pencher sur le cas passionant de la langue qui y est pratiquée.



藝術與歷史

我愛香港(二)—— 原地散居

中國藝術家陳箴(1955-2000)旅居法國直至離世。他創造了〝跨經驗〞(Transexpérience) 一概念,藉以描述他所屬的散居世界各地華人藝術家的地位,Melissa Chiu就旅居海外華人藝術家的處境作了以下評述:〝陳箴認為,跨經驗‘深動及深刻地概括了一種離鄉背井,在異邦顛沛流離的複雜的人生經驗'。因此,跨經驗提出的不僅是個人浪跡天涯的經驗,而是‘內心孤獨及人生經驗的交疊',是某種‘失去文化之根'的失落感,即你不屬於任何人,但卻擁有一切。〞

儘管很難得到結論,謂香港的中國人社會是散居海外各地的華人社會,但也很難把它看作是大陸中國社會的一部份,雖然現在已經回歸。然而正如我們所看到的,這個社會是否自身已構成一個統一體,這個問題確實不易回答。簡而言之,以下這個共識卻是存在的,即自香港淪為英國殖民地以來,她的眾多的文化特點已使她疏離了中國文化傳統。就在這個背景下,為創造一個無論在中國人眼裡抑或居住香港的外國人眼裡均屬非典型的文化環境,這個〝中西交匯〞的老生常談便被一反常態的重複又重複著。這個文化環境,和整體的中國文化傳統相比,尚屬年輕並存在爭議,原因是它所依賴的一些文化層面不被中國高層文化的代表所重視。

自二十世紀下半葉以來,文化這個概念起了巨大的變化,不久前仍被視為一種消遣的電影和漫畫,現在一如其他古老的表現形式如詩歌、某些繪畫一樣,均被認真地研究和欣賞起來。新定義下的文化的這些方面,在香港這個地區被很好地表現出來。同樣,通行香港和新界的廣東話對創造香港的文化認同作出了巨大貢獻。

正如我前文所指出的,所謂香港中國人社會,實難對其下一定義。儘管對於隸屬中國文化圈這點有清楚的共識(就像德國人也有這樣的共識,卻有不同的方式成為德國人),香港的中國人的根遍佈中國大陸,除香港本土外,有來自中國其他偏遠省份的。如果你問一個香港人(尤其是年輕一代)是否中國人,十有八九都希望你不要當他是從中國大陸來的,不要你把他當成〝大陸人〞。看來對於自己是中國人的認同已是大勢所趨,但香港人卻仍然非常執著自己的香港文化傳統。香港一間最大的博物館命名為〝香港文化博物館〞即為明顯的一例。特區政府亦不遺餘力地確立和澄清香港文化傳統這一概念,得到廣大市民的支持。

事實是香港已回歸中國,而地理上一直與大陸相連。如果沒有文化分離的感情,把香港中國人社會稱作海外華人社會實在有點牽強附會。而這種文化分離感情在新加坡卻可找到。雖然多民族共處的現象日愈顯著,但大家都稱新加坡為一華人城市,她的文化卻彷彿愈來愈疏離中國大陸的傳統文化,因此她也最有資格被稱作散居海外的華人社會。新加坡地理上與馬來西亞相連,令這個稱謂更可被接受。不過在香港,至少有一個條件可令她覺得自己屬海外華人社會:即遠離文化傳統中心的感情。既然散居海外的華人社會這一概念顯然不適宜香港的中國人社會,那麼,也許有必要將她和一種可被普遍接受 的海外華人社會作比較後,給她一個恰當的名字。

現舉溫哥華華人社會為例,它似乎具備散居海外華人社會的一切特點:他們來自仍被視為原居地的中國大陸不同地區(其中大部份來自香港)。他們有共同的記憶(這體現在語言及港式餐廳上,亦即一種香港生活方式)。在這個社群中,至少一大部份人仍視香港為他們或他們的下一代落葉歸根的地方。這些特點,在香港的中國人社會裡,在不同程度上亦可找到一些。如果愈來愈少的香港人認為自己是來自中國大陸不同地區(我這裡指的是土生土長的香港人),但原居地的文化卻極富生命力:潮州、上海以及其他省份的餐館比比皆是,在家庭裡仍講家鄉方言。這些都說名了多樣化恆久不衰的特點。最明顯的特徵是這個集體記憶是植根於中國多樣化的文化創造。海外華人社會有〝衣錦還鄉〞的觀念,而香港的中國人卻認為香港就是自己的家園,他們不願回到父輩或祖父輩在大陸的原居地。

為調節散居海外這個概念的局限性,在談及香港情況時,似乎應引入〝第一第二代原地散居〞這個概念。這個表達裡〝原地散居〞兩詞雖相互矛盾,卻極符合香港這個既充滿矛盾又極成功的情況。應該澄清這點,即無歸屬感的心態確實存在,但仍被視為中國文化範疇。但在將來,事情不可避免將發生變化,香港的中國人感到自己不能適應大陸現時的文化,而在他們確實是其中真正一員的海外華人散居地,則覺得更加自在,如溫哥華或英國。擁有外國護照(使用價值不如特區護照的英國海外公民護照(俗稱BNO)的繼續存在,極好地說明了香港的情況),仍不離棄中國文化,形同〝局外人〞的這些香港人,在他們政治和文化的樂土生活得如魚得水。

我們可以看到這種文化 認同問題在歷史上屢見不鮮。維護其文化認同的鬥爭愈艱巨,其文化族群也愈戮力捍衛及耕耘這文化。如果和法國及西班牙巴斯克人的情況相比,香 港的情況可謂比較特殊。巴斯克的問題是政治而非文化的。而香港的情況是來自如此複雜多樣的文化源頭的統一協調必然帶來 的問題。如果香港不是一個不太適宜創造傳統 的地方,那麼香港的文化傳統可能便永遠形成不了。正是這個總是處於解體 的文化混雜物,令從外面觀察的人感到茫然,難於把握,而有些人則將這種多樣性視作文化和傳統的缺失。請讓我清楚寫下並高聲宣告:香港文化的確存在。

在談論香港本土藝術界代表人物之前, 我想簡略地談談香港大眾文化這塊藝術沃土。電影、各類文化娛樂、飲食等,無疑令香港在華人世界乃至全世界遐邇聞名。但其他文 化領域近期也有長足的發展,這點香港的文化人也少有懷疑。確實,漫畫及文學剛剛起步,而且態度審慎,欲在國際舞台覓得一席之地。為審視香港的大眾文化,我想首先應探討在文化創作中使用的語言,情況相當熱鬧。