Danse contemporaine 現代舞蹈

Texte : Gérard Henry
 

Arrêts de jeu
加時賽

 

Le public hongkongais connaît Pierre Rigal et Aurélien Bory, ces deux chorégraphes français, nouveaux-venus de la danse contemporaine, l’un ancien mathématicien et athlète de haute compétition, l’autre, ancien physicien. L’Alliance Française avait en effet présenté dans le French May 2009 Les Sept planches de la ruse de Aurélien Bory, un jeu grandiose où les formes d’un gigantesque tangram chinois se transformaient au gré de l’imagination du chorégraphe, et dans le French May 2010, Asphalte de Pierre Rigal, expression de la rue, de la nuit, des banlieues des grandes cités. Cette année on a pu voir aussi Aurélien Bory (Compagnie 111) danser avec un robot industriel dans Sans Objet au Hong Kong Art Festival et l’on verra dans ce French May 2012 une chorégraphie qu’ils ont mis en scène en commun, Arrêts de jeu, avec la Compagnie Dernière minute de Pierre Rigal.

Arrêts de jeu est la mise en forme d'un souvenir d'enfance, un souvenir à la fois collectif et intime, un événement sportif et télévisuel, la célèbre demi-finale de la coupe du monde de football France-RFA 1982 à Séville qui verra la France défaite au dernier moment.

« Le scénario de cette partie, raconte Pierre Rigal, reste encore dans les mémoires des enfants que nous étions à l’époque. L’équipe de France n’avait pour elle que la fantaisie audacieuse et périlleuse de ses joueurs frêles et enthousiastes. Ils défient courageusement leurs adversaires. 3 – 1 pour les Français dans les prolongations. Les Allemands égalisent à quelques secondes de la fin. La séance de tirs au but est interminable, insoutenable... Flirter avec l’exploit et échouer. Echouer injustement. La RFA vole la victoire aux joueurs français effondrés. L’équipe, ainsi que l’ensemble des supporters dont je faisais partie du haut de mes 9 ans, fut envahie d’une immense et inconsolable déception. »

De ce match mémorable, Pierre Rigal a fait une des clés de son enfance. « La "célébration" chorégraphique, théâtrale et graphique de cette rencontre sportive à la dramaturgie si étonnante met en valeur, à travers le rituel et la commémoration, les mythologies collectives et intimes qui construisent nos souvenirs » souligne-t-il.

« A la fois solennelle, absurde, sacrée ou ridicule, cette cérémonie évoque, à travers l’exploration du ‘ jeu’ au sens large, les plaisirs, les enjeux et les paradoxes de l’enfance. Les corps seront des images, des visages, des jouets, des joies, des angoisses, des rêves puis des cauchemars. Les corps seront tantôt idiots, tantôt solennels, tantôt absurdes, tantôt perspicaces, tantôt agiles, tantôt maladroits. »
Rigal a ainsi recréé l’ambiance du Match dont le commentaire sportif, les hymnes nationaux, s’entendent en toile de fonds sonore du spectacle. Les corps évoluent souvent en extension ou au ralenti, s’immobilisent comme en attente d’un changement, car Pierre Rigal va bien au-delà du sport comme l’écrit un écrivain et photographe de la danse, Philippe Noisette :
« Les danseurs enfilent des carapaces rembourrées et des casques qui leur donnent des silhouettes improbables de footballeurs américains. Mais ces secondes peaux, avec des faux airs d’airbag pour promeneur urbain, en font des créatures venues d’un autre monde, celui d’une enfance qui s’effiloche à l’aube de l’âge adulte. Arrêts de jeu prend une tonalité plus grave: simplement Pierre Rigal explore une dimension autrement plus profonde que la simple réalité du sport. Son spectacle devient un paysage où les chiffres sur une ardoise lumineuse se transforment en animaux et où les formes empruntent autant à l’étrange qu’au commun. Les danseurs sont tour à tour marionnettes grandeur nature, figurants de l’imaginaire et danseurs en apesanteur. Un état de grâce partagé qui semble ne tenir qu’à un fil, au final, solidement arrimé au talent protéiforme de Pierre Rigal. “La conscience de la fin n’est-elle pas déjà une fin?” s’interroge-t-il. »

 

 

 

香港的觀眾早已認識皮亞.域高 (Pierre Rigal) 及奧雷里恩.博里 (Aurélien Bory) 這兩位法國當代舞蹈界的新晉編舞家,他們一位是前數學家兼國家級運動員,另一位是前物理學家。事實上,香港法國文化協會曾於2009年法國五月藝術節期間介紹奧雷里恩.博里的《七巧板》(Les Sept planches de la ruse):七塊形狀不同的巨型幾何圖形板塊在舞者和特技藝人的推動下不停地組合和分散,形成各種不同面貌;2010年的法國五月藝術節又介紹了皮亞.域高的《舞在柏油路上》(Asphalte),這舞蹈所表達的是街頭、大都市的市郊和黑夜的生活。今年的香港藝術節,我們再次有機會欣賞奧雷里恩.博里 (Compagnie 111) 的新作《機械人幻想曲》,他在這表演中與一台工業機械臂共舞。而2012年的法國五月藝術節將會有機會欣賞他們二人合力製作,由皮亞.域高的「最後一分鐘舞蹈團」演出的現代舞蹈作品《加時賽》(Arrêts de jeu)。

《加時賽》將一段童年回憶形象化,那是一段既屬於集體也是個人的記憶,一場由電視台播放的體育賽事,是1982年世界杯在塞維利亞舉行的準決賽,法國對德國,法國在最後的時刻被淘汰出局。

皮亞.域高表示:「當時還是兒童的我們對這場賽事的情景仍然印象深刻。那些體弱卻充滿熱誠的法國球員全憑大膽和勇於冒險的精神奮力頑抗對手。法國以三比一領先的戰果進入加時賽。德國隊在完場前幾秒鐘拉成平手。互射十二碼的過程沒完沒了的實在令人難以忍受…… 一時贏一時輸。而且輸得十分不公平。德國隊從沮喪的法國球員手上搶去了勝利。整隊法國隊以及所有球迷,包括九歲的我,都感到無比的哀傷和失望。」

這場令人難以忘懷的比賽成為皮亞.域高童年時一件有決定性影響力的事件。他強調:「透過驚人的戲劇效果,以舞蹈、戲劇和圖形來紀念這場比賽,藉着儀式和紀念活動來突顯那些建構我們回憶的集體和個人神話的重要性。」

因此,域高在節目中重現比賽的現場氣氛,以足球評述員的旁述、國歌為背景聲音。舞者的身體很多時以延伸或慢動作的姿態移動,或像是等待某種改變而靜止不動,因為皮亞.域高所要表達的超越了運動,正如作家兼舞蹈攝影師 Philippe Noisette 這樣寫道:
「舞者戴上頭盔和穿上脹鼓鼓的護甲,使他們的外形有如三不像的美式足球員。但這些如第二層外皮的制服看似安全氣囊,使舞者變成來自異世界的生物,而這世界就是那隨著我成長而消失的童真。《加時賽》予人的感覺比較沉重,皮亞.域高嚴肅地探討運動實況以外的另一個更深入的層面。他的節目變成一幅風景,在一塊發光的石板上,那些數字幻變成動物,也有古怪或常見的形狀。舞者一個個像真人大小的木偶,是一些幻想中的角色以及一些如在失重狀態下舞蹈的舞者…… 『最後的意識不就是已經是結局麼?』皮亞.域高這樣自問。」