Culture et diplomatie 文化與外交

Texte : Vincent Carrière
 

Le « soft power », ou comment rechercher la puissance en douceur ?
「軟實力」,或如何以溫和手段取得實力?

 

Volet des relations internationales peu étudié par les universitaires et largement méconnu du grand public, le Soft Power prend pourtant aujourd’hui une importance croissante dans la politique extérieure des Etats. Créé par opposition au Hard Power (« puissance dure »), qui fait référence aux capacités militaires, politiques et économiques d’une Nation, le Soft Power (« puissance douce ») désigne les moyens mis en œuvre par un Etat pour exporter sa culture, sa langue, ses valeurs ou son savoir-faire, toujours dans une optique de recherche de puissance.

Qu’est-ce que la diplomatie culturelle ?
Les termes de diplomatie et de culture n’ont pas a priori vocation à être employés ensemble. Le premier, généralement entendu comme l’exercice des relations entre les Etats, se réfère essentiellement au champ politique, alors que le second, plus vague et plus extensif, est d’une plasticité telle qu’il est impossible d’en isoler une définition consensuelle. Au point de contact de ces deux termes, la diplomatie culturelle n’en reste pas moins un concept plus politique que culturel. Même si tout acte diplomatique quel qu’il soit peut être à juste titre considéré comme « culturel » dans la mesure où il met en évidence des soubassements particuliers le rendant reconnaissable, il est indéniable que la culture, dans ce cas-là, reste subordonnée à la politique et ne peut prétendre qu’à un rôle secondaire. A partir du moment où c’est l’Etat qui conduit une politique culturelle à l’étranger, la diplomatie étant un domaine régalien, la culture se trouve intégrée à la recherche de puissance inhérente à toute action extérieure. Au final, la diplomatie culturelle ne serait que l’utilisation, voire l’instrumentalisation, de la culture par la diplomatie à des fins politiques.

Pourtant, à observer de plus près la conduite des affaires internationales au cours de l’Histoire, la culture a bel et bien joué un rôle primordial dans la politique des Nations aspirant à une vocation mondiale. L’image globale qu’un pays souhaite renvoyer au reste du monde passe très souvent par la diffusion de sa culture et de ses valeurs. Par le passé, la Russie Soviétique et l’Allemagne Nazie ont beaucoup investi dans la diffusion d’une image idéalisée à l’extérieur de leurs frontières. Plus près de nous, les Etats-Unis se servent de leurs puissantes industries culturelles (cinéma, télévision, musique etc…) pour faire en sorte que leurs valeurs (et leurs produits…) soient connues et admirées dans le monde entier. Cette « arme culturelle », destinée à peser sur les débats globaux - mais également à gagner des parts de marché - est aujourd’hui largement utilisée par les Grandes Puissances : France, Chine, Japon, Grande Bretagne, Allemagne, Espagne, toutes sont conscientes de l’importance, à l’heure où la mondialisation est devenue la norme, de leur pouvoir d’attraction et de persuasion.
Cependant, malgré cette montée en puissance, la diplomatie culturelle demeure une notion floue et encore fort méconnue. Fait d’histoire contemporaine – puisqu’elle n’apparaît en tant que politique qu’à la fin du dix neuvième siècle - elle est de plus confrontée à « l’immatérialité » de son contenu : en effet, comment mesurer les effets d’une politique lorsque son contenu est parfaitement inquantifiable à court terme ? Par exemple, comment mesurer une politique de diffusion de la littérature nationale d’un pays à l’extérieur de ses frontières ? Comment savoir si cette politique, dont les effets seront perceptibles dix ou vingt ans plus tard, sert véritablement les intérêts du pays émetteur ?

Le terme de diplomatie culturelle a peu à peu été supplanté par celui de Soft Power. Ce dernier a été inventé par l’universitaire américain Joseph Nye au tout début des années 1990 dans son ouvrage intitulé Bound to lead : the changing nature of american power. Fruit d’une réflexion sur l’évolution du phénomène de puissance sur la scène internationale, cet ouvrage se donnait pour but de battre en brèche l’opinion selon laquelle le facteur économique était prépondérant dans les relations entre Etats. Pour Joseph Nye, qui se réfère au cas américain, le Soft Power passe par l’universalité des valeurs d’un pays, les contacts personnels entre populations, les visites et les échanges. Il met en exergue le rôle d’accompagnement primordial que joue l’Etat, de même que celui joué par les moyens de communication modernes tels la télévision, la radio ou le cinéma.

La diplomatie culturelle de la France
La France, pionnière en la matière, mène depuis la fin du dix-neuvième siècle une politique active de diffusion de sa langue et de sa culture à travers le monde. Instrument de puissance et de prestige, cette politique volontariste puise ses racines dans la domination que la France a exercée sous l’Ancien Régime, faisant du français la langue diplomatique et aristocratique par excellence jusqu’au milieu du vingtième siècle.

Au départ, le gouvernement français soutient sans retenue, au nom du service public, l’implantation de congrégations religieuses qui participent à la diffusion de la langue et de la culture françaises. Au début de la Troisième République, dans un contexte international tendu, la « guerre des langues » fait rage en Orient.

C’est à cette époque, en 1883, que naît l’Alliance française de Paris, autour de laquelle gravitent, partout dans le monde, des associations de droit local regroupant les « amis de la France ». Suivront la création de la Mission Laïque en 1902, du Bureau des écoles et des œuvres françaises en 1909, l’Association française d’action artistique (AFAA) en 1922. Après 1945, la diplomatie culturelle française s’intensifie sous l’influence du Général de Gaulle, conscient du très probable déclin de la France face aux Etats-Unis et à la Russie Soviétique. Les budgets augmentent, des milliers d’agents partent en poste à l’étranger. Aujourd’hui, en dépit de difficultés financières récurrentes et d’une position économique et politique en recul, la France dispose du plus important réseau culturel au monde et affecte annuellement à sa diplomatie culturelle des moyens estimés à près d’un milliard d’euros.

« Créé au début de l’année 2011, l’Institut français, opérateur culturel du Ministère des Affaires étrangères actuellement dirigé par Xavier Darcos, est chargé de piloter et d’animer cette politique depuis Paris. » Le « modèle » français de diplomatie culturelle, très original, se caractérise par une forte implication étatique, un volontarisme politique constant, une vocation universaliste très marquée (le terme de « messianisme », lié à une conscience aigue du « génie français » a également été évoqué au vingtième siècle), des moyens élevés (budgets, implantations, agents) et des politiques sectorielles très diverses : linguistique, culturelle et artistique, audiovisuelle et cinématographique, scolaire, scientifique et universitaire, de la recherche.

 

 

 

軟實力是國際關係中較少為大學研究員所關注,亦為普羅大眾普遍忽略的一面。但今天,它在國家對外政策上的重要性卻日益增大。和借助一個國家的軍事、政治、經濟能力的硬實力相反,軟實力是國家借助有效的方法,向外輸出其文化、語言、價值觀及技術,其目的始終為擴張實力。

何謂外交文化?
外交和文化這兩個術語原則上不能一起使用。前者,一般被視為國家間的關係往來,基本上屬政治範疇;而後者,則較模糊及更廣泛,其可塑性之大致使難於對其下一個共識性的定義。文化外交是一種政治觀念,更甚於一種文化觀念。即使任何外交行動都可被合理地視為「文化」,只要它凸顯了令其明晰可辨的基調,但不可否認在這種情況下,文化只從屬政治,只能扮演次等角色。從國家主導在海外的文化政策之日起,外交屬王權範疇,文化便參與了尋求國家實力的行動,這是一切在外的國家行動所固有的。總之,文化外交只是外交為達至其政治目的而使用的工具,可以說它已被工具化。

不過,如果仔細觀察歷史上國際事務的進展,文化確實對有志面向全球的國家政策起了極重要的作用。一個國家希望傳到外邊世界的國家總體形象往往透過自身文化及價值觀的傳播。昔日的蘇聯和納粹德國為在海外樹立自己的理想形象做了極大的投資。而現代,美國則利用其強大的文化工業 (電影、電視、音樂等) 以達至其價值觀(其產品)為全世界所認同和欣賞。這個「文化軍隊」勢必引起全球熱議,但亦取得廣闊市場,今天,它已被列強所廣泛使用:法國、中國、日本、英國、德國、西班牙都意識到在全球化已成為準則的時代,國家魅力和說服力該有多麼重要。

雖然文化外交勢頭頗大,但其概念仍模糊不清,甚遭忽略。文化外交作為政策出現在十九世紀末,因此是當代歷史的產物。其內容屬「非物質性」。那麼,當一個政策的內容在短期內無法量化的情形下,又怎能對它做出評價?譬如,如何評估將國家的文學推廣到國外的政策?如何知道這個需經十年、二十年方見效果的政策對其制定國有何助益?

文化外交漸漸地被軟實力所取代。所謂「軟實力」是美國大學研究員約瑟夫.奈 (Joseph Nye) 1990年初在其題為《Bound to lead: the changing nature of american power》一書中所創。這部著作是他對國際舞台上實力的演進所作的思考的產物,它試圖打破這個觀念,即認為經濟因素在國家關係中起主導作用。約瑟夫.奈以美國為例,認為軟實力是通過一個國家價值觀的普世化,各國人民的相互接觸、訪問和交流實現的。他強調了國家在其中所起的首要作用以及現代媒體諸如電視、廣播、電影所起的作用。

法國的文化外交
法國是這個領域的先行者,自十九世紀末以來,便執行了一個在全世界各地傳播法國語言文化的即極政策。這個堅定的政策是彰顯國家實力和威望的工具,它植根於歷史上法蘭西的統治地位,彼時法國已成功地將法語變成外交和貴族的語言,這情形一直延續至二十世紀中葉。

一開始,法國政府便毫無保留地子支持宗教團體進駐世界各地,以服務公眾為名,參與對法國語言文化的傳播。第三帝國初期,在緊張的國際環境下,「語言戰爭」席捲了東方。

就在這個時期,巴黎法國文化協會於1883年成立了。圍繞着她的是遍佈世界各地的聚集了「法國之友」的地方性的各種協會。接着是1902年創立的世俗教會 (Mission Laïque),1909年創立的法國學校與慈善局 (Bureau des écoles et des œuvres françaises) 以及1922年成立的法國藝術匡動協會 (Association française d'action artistique)。1945年後,戴高樂將軍意識到面對美國和蘇聯,法國的影響很可能式微,於是在他的影響下,法國的文化外交大大加強了。預算增加了,成千上萬的文化工作者奔赴世界各地的工作崗位。今天,儘管財政拮據,經濟和政治地位衰退,法國仍擁有世界最大的文化網絡,每年投入在文化外交的資金幾達十億歐元。

卓越非凡的文化外交法國「模式」,其特點是國家的大力介入,堅定不移的政策,非常突出的全球使命感 (一個與「法國智慧」這個強烈意識相連的彌賽亞主義在二十世紀還為人稱道)、有效的手段(預算、建立機構、派遣人員)及涉及語言、文化藝術、電影、廣播、學校、科學、高等教育、科研等各部門的政策。