Poésie 詩詞

Texte : Bernard Pokojski

 
  José Ensch, ailleurs c’est certain
若澤.恩斯克,沒錯,在他鄉別處
 
 

« écrire est un exercice ascétique, je m’astreins à rester pure, certes c’est un luxe mais écrire c’est donner, la langue est moyen de communication et, plus encore, moyen de communion. » (José Ensch)
« D’où viennent les abeilles qui hantent l’œuvre de José Ensch ? Naissent-elles des cadavres, comme chez les Grecs, ou des larmes d’un dieu, comme chez les Egyptiens ? » (Jalel El Gharbi)


José Ensch

Mais avant il y aurait encore cette question : d’où vient José Ensch ? Elle est simplement cette Luxembourgeoise qui publie, pour reprendre Alain Bosquet, « l’une des œuvres les plus accomplies de ces dix dernières années... Une langue parfaite, une musicalité sans faille et une construction savante mais fluide (...)
« Pareille séduction, pareille immersion dans le rêve, pareille aisance dans l’inconnu ou l’inconnaissable, ne devraient pas passer inaperçues. José Ensch est un grand poète ». (Figaro du 8 janvier 1998)

José Ensch est née le 27 octobre 1942 sous le nom de Marie Josèphe Jeanne à Luxembourg et fut professeur de Langues et de Lettres au lycée Robert Schuman de cette ville où la maladie l'emporta le 4 février 2008.

Comme sa ville de naissance dont les fortifications furent louées par Gœthe dans Campagne de France, elle fut profondément elle-même et très ouverte sur l’autre, même si la vie ne s’est pas toujours montrée très tendre pour elle. Poète, elle était dotée d’une voix singulière et d’un souffle aux accents quasi bibliques qui faisait de sa poésie une manière de célébration et de prière. C’était aussi pour elle une école de vie, apprise dans la fréquentation du surréalisme que lui fit découvrir Gisèle Prassinos, la grande amie. Ses poèmes parus d’abord dans de nombreuses revues poétiques étaient soumis à une extrême exigence et le fruit de remaniements qui en faisaient chatoyer le sens et le rythme. Douée pour la dramatisation, elle savait aussi interpréter ses textes et mettre en valeur leur beauté particulière. Gisèle Prassinos déclarera même que « José Ensch, à quinze ans, était déjà poète. Mais pour elle seule... » Et c’est en 1984 qu’elle publiera son premier recueil poétique Ailleurs... c’est certain, recueil très charnel où se pressent des images hardies et péremptoires qui prennent le pas sur tout essai de communication. Son écriture y explose en des métaphores de lumière qui nous projettent vers cet ailleurs du titre.

    Au sommet du souvenir
    dans ses hautes frondaisons
    la crête des vagues
    la mer à pleins poumons
    avec tes beaux cheveux sur l’écume
    et le poids des épis d’autrefois.
    Mais cependant « tout se résorbe dans la simplicité d’une rose ».

L’année suivante, ce sera L’arbre et il faudra attendre dix ans pour qu’elle nous donne Le Profil et les ombres. Sa poésie y deviendra fortement tellurique tant elle s’efforcera d’y célébrer les objets les plus humbles tels que la pomme, le verre d’eau, un morceau de pain, matières élémentaires et authentiques dégagées alors de tout exotisme. Gisèle Prassinos parlera aussi de poésie fluviale dans un Midi où les jeux d’ombres et de lumières dessinent dans un climat absolu « des espaces à la fois géométriques et consolants » pour reprendre Frank Wilhelm. Elle dira aussi ses colères, ses regrets et transparaîtra une nostalgie de l’enfance perdue. Une obsession à travers le recueil : un certain désarroi existentiel qui en fera déjà une sorte de bilan où les métaphores abruptes engagent le lecteur à aller « jusqu’au faîte de l’apnée. » En 1997, elle nous donnera Dans les cages du vent, entreprise folle pour enfermer la poésie dans des cages, mais mystique aussi afin d’arracher le langage à sa trivialité et de produire « des haleines tressées ». Le pouvoir des mots, l’enfance, le temps y seront explorés malgré un monde en déshérence dans un Midi incandescent, avec aussi des images de volcan et des métaphores marines. Véritable quête qui se transformera en une descente aux enfers « où tonitruent et rutilent les mots », le lecteur en sortira ébloui... La virtuosité poétique de José Ensch la rapproche de grands noms tels que Rimbaud, Breton, Saint-John Perse ou encore Supervielle qui surent nous faire entrer dans le labyrinthe de la langue et des choses. Prédelles pour un tableau à venir en 2006, aura les mêmes exigences mais ici une voix s’adresse à un destinataire que l’on peut identifier comme le surréaliste Mario Prassinos, parti à la fleur de l’âge. Les mots sont puisés à un certain vocabulaire religieux et astrologique, des noces se préparent mais l’image centrale est celle du roi pêcheur Aminfortas, atteint d'une blessure inguérissable.

Le gardien du Graal, sur sa couche, attend l’arrivée d’un chevalier qui pourrait redonner paix à son âme. Il n’y a qu’un pas à faire pour voir le poète en attente de salut dans un monde « d’étoiles mortes » et de « cosmos exténués »... Son recueil L’Aiguille aveugle paraîtra peu de temps après sa mort et aura en exergue ces mots de René Char « Le monde jusqu’ici toujours racheté, va-t-il être mis à mort devant nous, contre nous ? Criminels sont ceux qui arrêtent le temps dans l’homme pour l’hypnotiser, pour perforer son âme. »

Le temps n’existe plus
et le rien le remplace
qui se colore
de moire chavirée
terre et mer confondues
Ne cherche pas
les dieux gardent le secret
quel que soit leur nom
Il faut tourner les pages
qui restent
riches de deuil et d’étonnement
tels les oiseaux condamnés
et les fleurs qui haussent
la tête pour te voir et t’examiner.

Après sa mort, paraîtra le recueil Les Façades qui rassemble des poèmes inédits écrits entre septembre 2007 et janvier 2008. Dans la préface, Michèle Nosbaum nous livre cet instantané dérobé lors du dernier été « José assise dans le soleil du matin semble regarder vers un ailleurs dont elle a naguère déjà parlé (...) Mais c’est toujours le chant et l’opulence des images, souvent dans une écriture simplifiée, comme une nouvelle intimité. »

José Ensch aura aussi juste le temps de consulter les premiers feuillets d’un album entrepris à l’initiative du poète tunisien Jalel El Gharbi et illustré par la Tchèque Iva Mrazkova, De l’amande... au vin. Il s’agit d’un glossaire qui reprend les termes préférés de José Ensch et allie commentaires, interprétations et réflexions poétiques tout en mettant en œuvre l’idée très chère à José Ensch qu' «on ne peut parler du poème que poétiquement ».

José Ensch s’en est donc allée, nous laissant une œuvre assez hermétique mais très forte et je ferai appel à Jalel El Gharbi qui écrivait que « la grandeur d’une œuvre se mesure à l’espace laissé à l’interprétation, au décryptage. Et il y a toujours dans un texte ce qui se dérobe à la lecture et qui, en premier chef, interpelle le lecteur. Parce que lire, c’est se pencher non pas sur le sens, mais sur l’illisible ». Mais, d’où viennent les abeilles ?...

Dans les cages du vent et L’Aiguille aveugle existent aux Editions Phi (www.phi.lu)
Les façades et Prédelles pour un tableau aux éditions Estuaires (Luxembourg)
José Ensch : Glossaire d’une œuvre De l'amande... au vin, Editions de l’Institut Grand-Ducal (Luxembourg)

Elle est grande et blonde
elle traverse les trains sans chavirer la mort
Elle est droite comme un chant sérieux
et belles sont ses œillades d’oiseau
choisissant parmi les voyageurs assis
celui qui la suivra sans le savoir
Parfois elle ferme les yeux tout en avançant
comme la vigne vierge sur les façades
Parfois elle tambourine aux vitres
là où personne n’est assis
puis elle chante avec des voix si multiples
qu’elle rejoint Mozart et Bach
(L’aiguille aveugle, p 38)

 


Mer

「寫作是一種艱苦的練習,我強制自己保持純潔,這當然是一種奢侈,但寫作亦是一種奉獻,語言是一種溝通方式,更是一種彼此相融的方式。」(若澤.恩斯克)
「那圍繞着若澤.恩斯克作品團團轉的蜜蜂來自何方?是否像古希臘人說的,來自死屍?又或者如古埃及人所言,來自神的眼淚?」(Jalel El Gharbi)

但首先還有這一問:若澤.恩斯克究竟來自何方?她是盧森堡人,發表了這樣一部著作,借用 Alain Bosquet 的話說:「一部近十年來最完美的作品。語言優美,無懈可擊的樂感,結構巧妙流暢……

「如此的誘惑,如此深沉的夢境,在未知和不可知裡如此的從容,這些豈容錯過。若澤.恩斯克是一位偉大的詩人。」(《費加羅報》,1998年2月4日)

若澤.恩斯克1942年10月24日出生於盧森堡,取名瑪麗.約瑟夫.苒娜 (Marie Josèphe Jeanne)。她在這座城市的羅貝爾.舒曼中學教授語言和文學,2008年2月4日因病去世。


Autobio

歌德在他的《法蘭西鄉村》一書裡對盧森堡城的堅固讚不絕口,而她也和這座她出生的城市一樣,對自己堅信不移,對他人胸懷坦蕩,即使生活對她不總是一帆風順。作為詩人,她擁有一種特殊的語言及如聖經般的氣息,令她的詩歌成為一種祝聖和祈禱。詩歌亦是她的人生課堂,Gisèle Prassinos 這位摯友引導她發現超現實主義詩人,在頻繁 閱讀他們的詩歌之後,她學會了寫詩。她的詩歌最初發表在一些詩歌雜誌上,極下功夫,是反覆推敲的果實,節奏優美,詩意盎然。她極具誇張的稟賦,善於遣辭造句,發掘出語言特有的美。Gisèle Prassinos甚至說:「若澤.恩斯克十五歲時已經是個詩人。但這只是對自己而言……」1984年,她發表了第一部詩集《沒錯,在他鄉別處》(Ailleurs... c’est certain),詩集極富情慾,充斥着大膽、果斷的形象,超過其他任何溝通嘗試。詩中那些精彩的隱喻把我們引向書名中的他鄉別處。

    在枝葉繁茂的回憶之巔
    在浩瀚大海的浪尖
    你的秀髮在浪花中飄蕩
    那昔日濃濃的青絲。
    然而「一切都在那一朵簡約的玫瑰花中消失」。

翌年,詩集《樹》(L’arbre) 出版問世,十年之後,她為世人奉獻了另一部詩集《側面和影子》(Le Profil et les ombres)。在這部詩集裡,她的詩歌變得極富大地氣息,她盡情歌頌一些極平凡的事物,如蘋果、一杯水、一塊麵包以及一些具異國情調的基本和真實的事物。Gisèle Prassinos也談及法國南部流暢的詩歌。在南方,在完美的氛圍中,光和影交錯,相映成趣,引用 Frank Wilheim 的話說,是「一些似幾何圖形又撫慰人的空間。」她也寫自己的憤懣、悔恨,流露出對失落童年的感傷。詩集中貫穿着一種揮之不去的情懷:對生存的惶恐,那突兀的隱喻令讀者喘不過氣來,「達至屏息的頂點」。1977年,她寫了《在風籠中》(Dans les cages du vent),這是一個瘋狂的舉措,欲把詩歌囚禁籠中,但亦玄妙,企圖將語言從平庸中解放出來,發出「編織成的氣息」。儘管在熾熱的南方貧困的世界裡,字詞的力量、童年、時間仍被探索着,還有火山的形象,海的隱喻。一個真正的尋覓幻變成向地獄的沉淪,詞語在其中「轟鳴閃耀」,讀者讀罷,一陣眩暈。若澤.恩斯克的詩才可與一些大詩人嫓美,諸如蘭波、布勒東、聖-瓊佩斯或蘇佩維埃爾,他們的詩歌把我們帶入語言和事物的迷宮中。《祭壇裝飾屏畫》(Prédelles pour un tableau) 於2006年問世,創作手法一樣嚴謹,詩集獻給某人,顯而易見是獻給英年早逝的超現實主義詩人Mario Prassinos。詩的語言採用了宗教和天文學的一些詞匯。婚禮已準備就緒,但中心畫面卻是身負致命傷的漁夫之王Aminfortas。

聖杯的守護者躺在床上,等待一個騎士的到來,給他的靈魂以安慰。只需跨出一步,便可見到等待救助的詩人身處一個「星星熄滅」、「疲憊不堪」的世界。詩集《瞽針》(L’Aiguille aveugle) 在她死後不久出版,勒內.沙爾(René Char)為詩集寫了這樣的題詞:「直到目前為止,世界總在被拯救中,它是否將在我們面前違反我們的意願被置於死地?那些為催眠人類、鑽探其靈魂而阻止時間前進的人都是一些罪犯。」

    時間不復存在,
    虛空代替了它,
    它泛着波紋閃光,
    大地和大海混為一體。
    勿需尋我,
    眾神守着秘密,
    不必理會祂們的稱謂。
    應翻開
    那充滿哀傷和驚奇的書頁,
    正如那些囚於籠中的鳥兒
    和抬頭看你審視你的花朵。

她死後,詩集《門面》(Les Façades) 出版問世,這本詩集收錄了她自2007年至2008年所寫的未曾發表的詩作。在序言裡,Michèle Nosbaum 這樣寫道:「若澤.恩斯克坐在晨曦中,彷彿注視着不久前她提及的他鄉別處…… 她總是在吟哦謳歌,意境萬千,常常是文筆簡約,彷彿是她的一個新秘密。」

若澤.恩斯克所幸還來得及翻一翻由突尼斯詩人 Jalel El Charbi發起為她編纂的紀念冊,由捷克人 Iva Mrazkova 插畫,畫冊取名《由杏仁到美酒》(De l’amande... au vin)。這是一種匯編,收集了若澤.恩斯克喜愛的詞語以及她有關詩歌的評論、解釋和思考,運用了她極珍惜的思想,即「只有以詩的方式方能談論詩」。

若澤.恩斯克已走了,留給我們相當晦澀又強勁有力的作品,且讓我借用 El Gharbi 的話來結束本文:「評論一部作品是否偉大,應以其留給人詮釋、破解的空間的大小而定。在一篇文章裡,總有一些逃過我們閱讀的東西,而這正是吸引讀者的所在。因為閱讀之義,不在於其明明者,而在其不可解讀之處。」然而,蜜蜂又來自何方?