Poésie 詩詞

Texte : Gérard Henry

 
  Une soirée avec Leung Ping Kwan, en mémoire du poète disparu
與梁秉鈞共渡的一個晚上 — 紀念逝去的詩人
 
 

Se souvenir du poète hongkongais Leung Ping Kwan qui nous a quittés au tout début de l’année 2013, c’est se souvenir d’une longue et riche amitié qui s’est développée à Hong Kong et en France, au travers de nombreuses discussions, de lectures de poésie et de traductions de ses poèmes en français. Leung Ping Kwan était un écrivain d’une profonde culture, un intellectuel brillant, et à mes yeux un véritable humaniste aussi à l’aise dans la culture chinoise que la culture occidentale. Je reproduis ici un extrait de mon journal de 1996 lorsque je l’écoutais lire ses poésies pour la première fois.


Chez Leung Ping Kwan, 2004 © Sonia Au Ka-lai

C’est un samedi soir autour de minuit. La salle aux plafonds bas est pleine de gens. La lumière jaunâtre, la fumée des cigarettes, estompent les visages. Beaucoup se connaissent, rient, bavardent au son des bouteilles de vin qui s’entrechoquent sur les tables – de simples caisses renversées. On n’est qu’à quelques ruelles de Lan Kwai Fong et pourtant bien loin.

Les mots résonnent en cantonais, repris en mandarin. Leung Ping Kwan lit l’un de ses poèmes les plus émouvants, un triptyque qui évoque l’ensemble des événements de Tian An Men, - non un récit direct, mais plutôt l’empreinte qu’ils ont inscrite dans la vie des gens. Leung utilise une métaphore : celle de la maison que l’ont veut remeubler, que l’on retrouve brisée, qu’il faut abandonner…

Le premier poème, La grande place, raconte le grand ménage du printemps, le besoin de se débarrasser des vieilleries, la recherche de fraîcheur, les tentes qui fleurissent sur Tian An Men et, soudainement, la brisure :
« ... A minuit Pandemonium ! Nous voulions seulement changer un peu les choses, tirer le rideau sur cette image ternie - les sables déchainés ont déchiré nos signes, la foudre a ravagé nos tables et nos chaises ». Le second poème, Maison brisée, marque la stupeur, les rêves et les espoirs envolés. « ... Comment pouvons nous abandonner tout cela, bien que vous dites qu’il vaudrait mieux, maintenant que les camions et les tanks se rapprochent, que tous les gens crient et courent en tous sens, que les flammes illuminent la place entière. Nous sommes là, assis, muets, à peine tremblant dans la nuit fraîche. Vous dites que c’était une maison temporaire et que l’on pourra toujours en construire une nouvelle. Bien sûr que nous le pourrons, nos propres cœurs sont nos meubles. Je n’ai pas peur, seulement je n’ai plus de mots...

Réameublement, le dernier poème, raconte la longue cicatrisation après les événements, l’oubli et finalement la remise des meubles en place. Mais c’est une maison cloîtrée, close à l’extérieur, alors que les gens préparent le nouvel an : « ... Les ombres de la vieille année errent-elles encore dans les rues ? Ferme et barre les fenêtres contre le froid. Peu importe les ombres suspendues aux portes ou le fantôme des flammes dans les coins, colle les images du Dieu de la Porte sur cette sauvagerie... »
En évoquant la version désormais revisitée et officielle des événements, l’ordre précédent rétabli :
« ... Les grands vieux meubles, avec les sentences du Nouvel An d’usage, collées sur la porte frontale, sûre, silencieuse et verrouillée. »

Leung Ping Kwan appartient à cette génération d’écrivains éduqués dans le Hong Kong de l’après-guerre, et dont l’œuvre se nourrit directement d’une expérience hongkongaise. Généralement fils d’immigrés du continent chinois, cette génération ne partage pas la mémoire de leurs parents restés en Chine, mais au contraire une mémoire hongkongaise qu’ils affirment de plus en plus à l’approche de la rétrocession de Hong Kong en 1997. Leur identité hongkongaise est parfois difficile à vivre car souvent non reconnue, autant par le côté chinois (qu’il soit de Taiwan ou de Chine), que par le côté occidental. « Notre génération, dit Leung Ping Kwan, élevée à Hong Kong après 1949 vis sous le système colonial britannique, mais a cependant un contact plus intime avec la culture chinoise, sous des formes maintenant variées et altérées. Nous parlons cantonais dans notre vie quotidienne, mais écrivons en chinois moderne. Nous avons gardé de nos parents un nombre de coutumes étrangères variées, et avons grandi dans une culture hybride avec une confusion des valeurs et l’angoisse d’être toujours mal compris dès que l’on passe la frontière. »
A ses débuts d’écrivains, Leung reconnaît qu’il se sentait frustré car il n’avait aucun modèle auquel se référer. Le réalisme socialiste chinois lui était étranger et la littérature occidentale n’offrait rien qui puisse se rapprocher de la situation hongkongaise. Aujourd’hui, il pense au contraire que c’est une situation bénéfique et privilégiée dans le sens où elle permet un regard sur différentes cultures et ouvre un espace pour un dialogue entre ou avec elles.

Cette génération d’intellectuels hongkongais, aujourd’hui dans la quarantaine (dans les années 90), étonne par son éclectisme. Tout en ayant une culture chinoise solide, ils sont tout aussi familiers avec le nouveau roman français, la poésie underground américaine de la « Beat » génération, qu’avec les grands romanciers sud américains. Leur intérêt se porte autant sur la littérature, les arts plastiques que le cinéma « Nouvelle vague » présenté gratuitement (souligne-t-il) par l’Alliance Française de Hong Kong.

Confronté à ces influences multiples Leung est amené à voir la culture chinoise sous une nouvelle perspective.
« Il y a récemment une renaissance de l’intérêt pour la culture traditionnelle chinoise (dans les magazines, les feuilletons télévisés), que l’on peut peut-être lier à la situation politique avant la rétrocession. Nous sommes dans une sorte de situation contradictoire entre deux extrêmes : une course pour les passeports BNO qui marque un manque de confiance du gouvernement chinois, et d’autre part une tendance vers la culture populaire, sorte de renaissance d’intérêt pour la culture nationale et les arts traditionnels. »

Leung s’intéresse à la complexité des relations entre colonialisme, post-colonialisme, Histoire et tradition chinoise, qui sont actuellement au cœur du problème hongkongais. « A Hong Kong nous n’avons pas seulement été élevés dans deux cultures, mais plutôt parmi des cultures hybrides et fragmentées. »

Il réfute également les termes de « désert culturel » ou de culture « bâtarde » que beaucoup aiment appliquer à Hong Kong. Il pense qu’en marge de la Chine ou de Taiwan, il y a d’autres sociétés chinoises bien existantes et à prendre en compte : à Hong Kong, mais aussi en Asie du Sud-Est, à Toronto, Vancouver ou San Francisco. Il affirme à haute-voix la position unique de Hong Kong et met en garde contre le futur :
« Si nous parlons de la tyrannie de la culture britannique, nous ne devons pas oublier que la culture chinoise peut être aussi bien répressive et tyrannique. Il y a des gens de la Chine continentale et de Taiwan qui se réclament d’une culture orthodoxe et considèrent leur culture comme supérieure et celle des autres communautés chinoises comme hétérodoxes et inférieures. En réalité, les cultures chinoises ne doivent pas être vues comme homogènes. Le recul par rapport à l’orthodoxie ici, et les éléments mélangés qui mettent en danger la pureté de la « tradition » peuvent être autant d’avantages. Il est alors possible d’engager une réflexion sur sa propre culture face au défi que posent les autres. Politiquement et culturellement, les hongkongais ont survécu sous différents pouvoirs dominateurs et l’on doit être conscient de cela, si l’on veut vivre avec eux. »


Romancier, poète, essayiste, chercheur et professeur, il écrivit de nombreux essais critiques sur la culture hongkongaise, il entretenait aussi un lien privilégié avec la France. L’un de ses premiers ouvrages s’intitulait Contemporary French stories in 1970, une traduction publiée à Taipei. En mars 2000, il participa à un colloque intitulé « Littérature chinoise ; les liens au passé et l’écriture contemporaine » à la bibliothèque nationale de France, et en décembre 2001, toujours à la bibliothèque nationale, « Rencontres littéraires franco-chinoises : comment la modernité peut-elle s’envisager aujourd’hui ». Il publia en 2001 Iles et continents aux éditions Gallimard, traduit par Annie Curien, Ville monstre et autres poèmes dans le n°88 de la revue poésie. Il participa aux ateliers Alibis (Dialogues littéraires franco-chinoises) en 2002 à la Maison des sciences de l’homme. En 2004, il fut invité au salon du livre de Paris, et lu ses poèmes à la maison de la poésie. Il publia en 2006 De ci de là des choses, traduit par Annie Curien, Sonia Au et Gérard Henry.

Son dernier ouvrage en français, traduit par Camille Loisier, publié par les éditions MCCM et lancé en 2012 à la librairie Parenthèses, dans une soirée organisée par l’Alliance, intitulé En ces jours instables. Il participa aussi à de nombreuses lectures de poésies organisées par l’Alliance Française de Hong Kong dont une avec Michel Houellebecq en mai 2010.

Invité comme écrivain en résidence au monastère Saorge en Provence en 2008, il publia un recueil de poèmes intitulé Chinese Poems from Provence en 2012, qui s’inspire en partie de son séjour dans cette région et des rencontres qu’il y fit, mais malheureusement non encore traduit en français.


 

香港詩人梁秉鈞於2013年伊始逝世,讓人留下無限的回憶。記憶中,我們這份悠久而豐富的友誼,透過無數的對談和討論,也經歷了不少他詩歌的法語翻譯與朗讀活動,在香港和法國兩地發展。梁秉鈞是一個文化底蘊深厚的作家、一個優秀的學者,在我的眼裏,也是一個自在地游藝於中國及西方文化之間、真正地以人為本的人。根據1996年我第一次聽到梁秉鈞朗讀他自己詩歌的
日記片段,我重新書寫成以下文章。

在1996年的一個周六晚上,接近淩晨時分。天花板低矮的房間裏,彌漫著人影。昏黃的燈光,縷縷的煙絲,模糊了一張又一張的臉孔。在場許多相熟的朋友,在沒上漆的粗糙桌子上那些互相踫撞的酒瓶聲裏笑著,聊著天。這裏跟「蘭桂坊」雖然只相距幾條小小的街道,對沉酣暢快的我們來說,卻是那麽的遙遠啊。

廣東話詩句一字又一字的回響著,然後是誦讀普通話版本的聲音。梁秉鈞朗讀出他最感人的作品裏其中一首詩歌: 一首以三部曲形態書寫天安門事件整個過程的新詩;詩歌並不以直接的形式敘述事情,而是呈現事件在人們生活上所留下的烙印。詩人借用了一個隱喻書寫:人們本想重新佈置一所房屋,重新生活,可是卻發現房子己經毁壞不堪,無法居住而必須要放棄了……

第一部曲《廣場》裏講述春臨大地、萬物更新的姿態:人們必需丟棄一切舊事舊物去尋找新鮮情事;一個又一個帳篷如鮮花般綻放在天安門的廣場上,突然間,一切破滅了:
「......
包住自身也不能完全自主
被黑夜驚醒讓我們有新的秩序
想拉開一幅布遮住塗污的肖像
風砂刮起紙屑雷暴劈裂了桌椅。」
第二部曲《家破》刻畫的,是人們驚慌失措,夢想和希望幻滅的情態 :
「......
我們都不願意放棄這一切
但你說;你們還是離去吧
隆隆的戰車聲迫近了
奔走和慘叫的聲音迫近了
曳光彈把整個廣場染紅
我們默默地坐在這兒
沒有顫慄衹是有點冷
你說離開這暫時的家可以重建新的家
可以的衹要帶著我們心中的桌椅
我並不害怕,衹是說不出話
...... 」

最後一部曲《家具》描寫了事件後創傷愈合的漫長過程,隨著時間流逝,人們漸漸把事情淡忘了,最終還是把家具重置原位。然而,房子變成了緊閉大門的幽居,與外界隔絕,而大門內的人們,正為著新年的來臨而忙碌著呢:
「......
舊歲幢幢陰影還如幽靈沿街飄蕩?
一旦冷風颼颼就關上窗子
不管簷前的竄落,屋角的鬼火
貼起神茶和鬱壘對付一切異象
...... 」
接下來的詩句更令人想起官方對天安門事件的修正說法,宣稱一切已回復從前的秩序:
「總有歷史龐大的家具隆隆推出前堂
鎮住了今天,統一了所有對聯上的
文字,鎖上大門,一片安全的靜寂」

梁秉鈞屬於戰後在香港成長和接受教育的作家,作品直接從詩人在香港生活的體驗中吸取養分。他並不像父母那一代,從大陸移民來港以後,還保留著曾在中國生活的種種記憶,反倒愈是接近一九九七年香港回歸中國的期限,他對香港的記憶就愈見鮮明。但有時候,這一代具有香港身份的人們心裏並不好受,因為他們的身份經常不被海峽兩岸的中國人 (不論是中國大陸的或是臺灣的)以及西方人認同。梁秉鈞說:「我們這一代在1949年以後生長和接受教育的人,雖然生活在英國殖民地的體制下,可是卻與目前變得多姿多彩的中國文化有更密切的接觸。在日常生活裏,我們以廣東話交談,在寫作上, 我們用的卻是現代中文。此外,我們同時保留了一部分從父母那兒學習而來豐富多姿的外國生活習俗。而在混雜文化下成長的我們,對價值的觀念模糊不清,一旦越過地域界限,踏足中國,由於自己的語言和生活習慣與中國大陸的不相同,常常害怕被誤會而感到焦慮不安。」

剛開始寫作的時候,梁氏承認有受挫折的感覺,原因是沒有寫作模式可以讓他參考。對於中國的社會寫實主義,他感到陌生,西方文學卻又不能為他提供任何與香港情況接近的書寫模式。今天,他認為這反而更好,更有利於觀察不同的文化,讓他在不同文化之間開拓互相對話的空間。

他們這一代在90年代已是四十多歲的香港知識分子,對文化藝術感興趣的情度,廣泛得令人吃驚。除了具備深厚的中國文化根基以外,他們對法國新小說、50年代美國「The Beat Generation」的地下詩歌或是南美著名的小說家們同樣熟識。對文學、造型藝術,甚至對香港法國文化協免費(梁氏強調「免費」一詞)放映的「新浪潮」電影,均興趣盎然。面對各種文藝的影響和衝擊,梁秉鈞開創了一個嶄新的角度去欣賞中國文化。

「最近,人們重燃對中國傳統文化的興趣 (包括在雜誌文章和電視劇集上),這可能與九七回歸前的政治氣候有關聯。我們正處於兩個極端狀態之中 : 一方面對未來中國政府缺乏信心而爭相申請英國國民海外護照 (BNO);另一方面又吹捧通俗文化,重新對國家文化和傳統藝術產生興趣。」

梁氏對香港的核心問題如殖民主義、後殖民主義、歷史和中國傳統之間的複雜關係特別感興趣:「在香港,與其說我們被夾雜在兩種文化中長大,倒不如說我們是在一些混雜和破碎的文化當中成長更為恰當。」

他反對很多人愛用「文化沙漠」或是「雜種文化」等字眼來形容香港。他認為在中國和台灣以外,還有其他中國人的社會存在,人們應該同樣重視那些如在香港、東南亞、多倫多,溫哥華、三藩市等地的中國人社會。他明確地肯定香港的獨特性,還提醒港人必須為將來做好準備。

「如果說英國的文化專制,我們絕不能忘記中國文化也可以是同樣的抑制和專制。有些大陸人和台灣人自恃他們擁有的才是正統的中國文化,認為他們的文化高人一等,而視其他地區的文化為不正統的,是次等的。事實上,不同地區的中國文化有不同的本質,不應混為一談。這裏所談及與正統文化保持距離的說法,以及那些危害“傳統”純正性的混合因素,可能同樣有利於發展中國文化。因為當你面對挑戰的時候,便可以激發自己去反省本身的文化。在政治和文化上,香港人曾經歷不同的統治權力,人們要醒覺到這一點,才可能與香港人在一起生活。」


集小説家、詩人、散文家、學者與教授等多種身份於一身,梁秉鈞曾書寫大量關於香港文化的評論文章,與此同時,他與法國一直保持著一種特殊的關係。《當代法國短篇小說選》便是他首批出版的作品之一,這翻譯作品於1970 年在台北出版。2000年3月,他獲邀參與在法國國家圖書館舉行的研討會「中國文學:過去與當代寫作」;2001年12月,也出席了同在法國國家圖書館舉行的大型研討會「法中文學會議:現代性如何面對今天?」。同年,在加里瑪出版了由安妮. 居里安翻譯的小說集《島和大陸》。2002年,他在「法國人文科學之家」參與「兩儀文舍」的「法、中文學對話」工作坊。2004年,梁秉鈞更應巴黎「圖書沙龍」之邀在「詩歌之家」朗讀自己的詩歌。2006年出版法語詩歌集《東西》, 分別由安妮.居里安、歐嘉麗和敖樹克翻譯。

他離世前最後出版的一本法語翻譯詩歌集《在不安定的日子》,由桑德琳翻譯,MCCM 出版,在2012年「法國文化協會」舉辦的詩歌朗誦晚會中,於香港「歐陸法文圖書公司」發表。此外,他還參與了不少由香港「法國文化協會」舉辦的詩歌朗誦活動,當中曾在2010年5月與法國作家韋勒貝克作中法詩歌交流。
2008年獲邀為駐南法沙可慈修道院作家,根據在當地生活的部分經歷和創作靈感,書寫了《普羅旺斯的漢詩》,在2012年出版,可惜這本詩歌集還沒翻譯成法語。