Opéra 歌劇

Par Gérard Henry

 
 

« Les Contes d’Hoffmann » de Offenbach par Tang Shu-wing
鄧樹榮執導奧芬巴赫的《荷夫曼的故事》

 
 

Tang Shu-wing est en matière de théâtre le plus illustre représentant de la francophonie à Hong Kong tout en étant l’un des metteurs en scène chinois les plus créatifs et dynamiques, ses créations ayant été montrées en chine, à Londres et en Europe de l’est. C’est dans les années 80 qu’il part en France pour apprendre la langue de Molière.
« Apprendre une langue, c’est une renaissance dit-il, il faut tout recommencer à zéro ». Il s’inscrit à la Sorbonne en langue et civilisation et obtient une maitrise d’études théâtrales à Censier, il étudie également le jeu d’acteur à l’école de la Belle de Mai à Paris et très vite fait ses débuts d’acteur et d’assistant metteur en scène sur la scène du théâtre de la Main d’or dirigé par le metteur en scène Jean-Christophe Grunevald. Rentré à Hong Kong en 1992, il créera sa première compagnie « No Man’s Land » et développera un théâtre physique et minimaliste expérimental qui acquerra une notoriété en Asie. Il deviendra ensuite doyen du Conservatoire de théâtre a l’Academy for Performing Arts avant de créer le Tang Shu-wing Theatre Studio et se consacrer à nouveau à la scène avec succès. Sa mise en scène du Macbeth en cantonais de Shakespeare le mèneront en 2015 au célèbre théâtre de Shakespeare, Le Globe, à Londres et au festival d’Edinbourg.

Offenbach et Les Contes d’Hoffmann   
Le grand écrivain allemand E.T.A. Hoffmann a servi d’inspiration à Jacques Offenbach pour composer son opéra Les Contes d’Hoffmann dont le style narratif entremêle parfaitement fantaisie et monde réel. Le compositeur a transformé la créativité débridée de l’écrivain en une partition éclectique, juxtaposant lyrisme et burlesque. Dans l’opéra, le poète Hoffmann dévoile ses trois histoires d'amour inassouvi : sa fascination pour la poupée mécanique Olympia, qui a été détruite par l’inventeur Coppélius ; son amour pour la courtisane Giulietta qui a préféré les bijoux du magicien Dappertutto ; et sa passion pour la lugubre Antonia qui fut forcée de chanter à sa mort par le docteur Miracle. Après avoir raconté ces histoires pathétiques de sa vie passée, Hoffman reçut encore un autre coup quand il fut témoin de la fuite de son dernier amour, Stella, avec le conseiller Lindorf. Cette déception finale éteignit tout désir et toute perspective d’amour chez Hoffmann qui avait sombré dans l’alcool. La Muse, la déesse des arts l’obligea alors  à écrire des poèmes pour le reste de sa vie.

C’est la dernière œuvre et sans doute la plus profonde d’Offenbach, très différente de ses opérettes comiques : il y traite de la déception en amour d’un poète, une création intellectuelle, poétique et mélancolique qui lui demanda trois ans de travail, une pièce d’une complexité musicale et dramatique. Malheureusement son vœu de l’achever avant sa mort ne se réalisa pas, il n’eut que le temps d’en  composer la partition du piano et ne vit jamais son œuvre sur scène. Offenbach y mêle le romantisme allemand à son propre réalisme psychologique français. A travers le portrait des trois femmes que rencontre le poète, Offenbach dessine trois étapes de l’éducation sentimentale du jeune homme : l’amour aveugle ou le coup de foudre, la découverte de la nature de la femme, idéaliste et passionnée et l’amour terre à terre et débauché.

« Seule, la poésie survivra au temps »
Offenbach n’ayant jamais pu monter la pièce, cela laisse une grande liberté d’interprétation au metteur en scène qui a le champ libre pour son imagination.

Tang Shu-wing a choisi comme approche un voyage dans le temps : « Le premier acte a lieu dans une taverne de Nuremberg en 1881 là où l’opéra fut monté pour la première fois. Le second acte sans indication de lieu en 2181 quand les humains ressemblent à des robots ou les robots à des humains. Le troisième acte a lieu en 1881 en Chine quand la poésie était imprégnée d’une texture historique extrême orientale. Avec le quatrième acte situé en 2018, nous revenons à notre année contemporaine quand chacun est un acteur sur scène, où que nous soyons et que nous le sachions ou pas. Le cinquième acte nous ramène à la taverne avec apparemment aucune indication de temps, quelques verres de vin rouge accompagnant le destin particulier de Hoffmann, sacrifiant son amour pour se dévouer à la poésie.

A la fin, l’imagination des spectateurs est sollicitée : Qui écrit cela ? Ma réponse est que peut-être est-ce l’Intelligence Artificielle qui assume ce rôle, mais quoi qu’il en soit, je crois que seule, la poésie survivra au  temps. »

Offenbach : The tales of Hoffmann
20,22&24/3/2018
Drama Theatre, The HK Academy for Performing Arts
Opera sung in French with English and Chinese subtitles
Billets : www.hkticketing.com

 

 

Portrait de Tsang Shu-wing © Rafal Placek, 2017

鄧樹榮是香港法語圈裏最耀眼的戲劇界代表,也是其中一位最富創意和活躍的華人導演,其作品曾登上中國、倫敦、東歐多個舞台。他在八十年代遠赴法國學習法語 — 人稱「莫里哀的語言」。「學一門新語言就像重生。」他說,「一切都要從零開始。」他報讀了巴黎索邦大學的語言及文化課程,並在巴黎大學桑西埃校區完成戲劇研究課程,取得碩士學位。另外他在巴黎 Ecole de la Belle de Mai 接受演員訓練。不久,他就在巴黎金手劇團任助理導演及演員,當時的導演為 Jean-Christophe Grunevald。1992回港後,鄧樹榮開了第一間公司「無人地帶」,並以試驗性質建立了簡單的實體劇院,在亞洲頗有名氣。後來他擔任演藝學院的戲劇學院院長,然後創立了鄧樹榮戲劇工作室,並再次全情投入舞台工作,成績斐然。他所執導的粵語版莎翁名作《馬克白》更獲邀於2015年在倫敦著名的莎士比亞環球劇場上演,並參加了愛丁堡國際藝術節。

奧芬巴赫與《荷夫曼的故事》
《荷夫曼的故事》無疑是奧芬巴赫最傑出的作品,與他的其他配樂喜歌劇作品有明顯不同:故事講述詩人為情深深受騙,是部充滿智慧、詩意、憂鬱的作品。奧芬巴赫為這部音樂和劇情複雜的作品耗費了整整三年時間。不幸的是,他無法如願在死前完成創作。到了最後,他只剩下編寫鋼琴配樂的時間,至死也未能親睹作品上演。奧芬巴赫兼具德國浪漫派和法國心理現實派的氣質,藉著該劇故事中主角詩人所遇的三個女角,他描繪了年輕男人在感情上要經歷的三個階段:盲目的愛 (或叫一見鍾情)、認清女人本性—理想化和熱情、塵俗的愛慾。

奧芬巴赫的《荷夫曼的故事》靈感取材自偉大德國作家E.T.A荷夫曼,荷夫曼的作品以融合虛幻與現實見稱,作曲家將作家天馬行空的無盡創意轉化成多采多姿的音符,浪漫詩意與諧謔幽默之風格並舉。劇中詩人荷夫曼在酒館訴說他過去三段失戀故事。情迷機械娃娃奧琳碧亞卻遭發明家哥柏利奧斯破壞、交際花喬麗達鍾情的是魔法師達佩杜圖的金銀珠寶、可憐的安東妮亞因為米博士下的毒手,落得唱歌至氣絕的下場。故事講完,酩酊的荷夫曼從酒醉中發現他心儀的斯泰娜正與參議員林道夫雙雙離去,愛情的幻想終極破滅。藝術女神繆斯下令荷夫曼未來餘下日子只能全心全意寫詩。

「唯有詩情能超越時間」
由於奧芬巴赫這部作品未完成,歌劇導演可充分發揮想象力詮釋故事。
鄧樹榮採用了穿梭時光的設定:「第一幕的場景是1881年紐倫堡某旅店,也是歌劇首演的地方。第二幕沒有指定地方,時間是2181年,人類像機械人,或者說機械人像人類。第三幕發生在1881年中國,充滿古東方的詩意和質感。第四幕是在2018年,回到現代,人人變成舞台演員,不論身在何處,或有心,或無意。第五幕回到最初的旅店,明顯沒有交代年代時間。只見命途不凡的荷夫曼幾杯紅酒下肚後,犧牲愛情,成全詩意。
戲劇的結局值得觀眾細想:誰寫的?我的答案是,說不定是人工智能寫的,但我只能深信,能超越時間的,唯有詩情。」

 
 

Les contes d’Hoffmann :De qui sont-ils? 荷夫曼的故事:誰的故事?
Jacques Offenbach n’a pas vécu pour voir la première de son propre opéra. La vie est pleine de regrets, mais ces regrets alimentent le dynamisme créatif des artistes, y compris le mien.
En adaptant n’importe quel travail classique sur scène, nous ajoutons des couches de sens en examinant le passé, le présent et le futur. Comme Hoffmann, le protagoniste de l’opéra d’Offenbach qui raconte à ses amis trois histoires d’amour inassouvi, impliquant la poursuite d’une prima donna en laquelle il croyait, Hoffmann finit par se consacrer à la Muse poétique qui lui avait refusé l’accomplissement romantique avec la femme de ses rêves.
La poésie est le résultat des ondulations de l’âme humaine. C'est la chose la plus mystérieuse du monde. Les êtres humains l’ont-ils créée ou a-t-elle toujours été ? Lu You, poète de la dynastie des Song du Sud a proclamé que « Les compositions sont formées par le Ciel. La main merveilleuse les saisit par hasard. Il n’y a peut-être pas de réponse définitive à la question, mais toute création artistique finit par rechercher une qualité poétique.
Cependant, la technologie — une création humaine — défie constamment son créateur. L’intelligence artificielle est destinée à changer notre façon de penser. Je vais laisser à notre prochaine génération la question de savoir  que deviendront les humains quand l’amour pourra naitre  de l’Intelligence artificielle ?
La dernière fois que j’ai dirigé l’Académie, c’était il y a huit ans. Le souvenir de cette expérience m’excite encore. Je souhaite que les étudiants apprennent beaucoup de notre travail ensemble.
奧芬巴赫看不到他自己的歌劇首演就死了。人生充滿遺憾,但亦正是這遺憾感造就了藝術家無窮的創造力,包括我自己。
搬演任何經典作品都集過去、當下及未來於一爐,產生新的意義,正如主角荷夫曼為追求一位歌女而告訴朋友們他三段不完滿的愛情故事,而最終原來是繆斯女神從中作梗,不讓他得到愛情,只能終生為女神創作「詩」。「詩」是人類靈魂蠕動的產物,是世上最神秘奇妙的東西。它是人創造出來,還是本來就有,正如南宋詩人陸游說:文章本天成,妙手偶得知?或許這問題無法有終極答案,但任何藝術創作最後都得回到詩意這境界。
不過,人類一手創造出來的科技卻不斷向人類挑戰,人工智能勢必改變人類的思維方式,當它也能催生「愛」的時候,那人類將會怎麼樣,這個問題還是留給我們的新人類去解答吧。
上次為演藝學院執導演筒已是八年前,從回憶中再度獲得興奮,但願學生們能在我的喜悅中化學到的東西,畢生受用。

Tang Shu-wing 鄧樹榮