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Texte : Freddie Wong

 
  Le « Film Noir », une invention française ?
黑色電影來自法國?
 
 

À l’occasion du festival Noir Fest qui se tiendra à Hong Kong du 11 décembre au 23 janvier, Paroles a invité dans ses pages son curateur, le critique de cinéma et réalisateur Freddie K.S. Wong (voir aussi son portrait p. 11). Il nous parle ici du genre du Film Noir, de ses origines et de ses spécificités.

On considère généralement que le terme « Film Noir » est né en 1946 sous la plume du critique de cinéma franco-italien Nino Frank (1904-1988), pour faire référence aux films policiers hollywoodiens des années 1940 tels que Le Faucon maltais (1941) de John Huston, Assurance sur la mort de Billy Wilder (1944) ou encore Le Grand sommeil de Howard Hawks (1946).

En réalité, l’expression avait fait son apparition quelques années plus tôt dans des revues de critiques de cinéma françaises, pour qualifier des films comme Le Quai des brumes de Marcel Carné (1938) et La Bête humaine de Jean Renoir (1938). À ma connaissance, le terme « Film Noir » n’a toujours été d’usage courant que dans les cercles de critiques de cinéma français. Son adoption par les critiques de cinéma et les cercles culturels anglo-saxons date probablement d’après les années 80.

Dans les années 40 et 50, les quatre catégories de films les plus populaires à Hollywood étaient les comédies musicales, les westerns, les films de guerre et les films policiers. Si les deux premiers sont depuis longtemps tombés en désuétude, en dépit de l’attachement de certains réalisateurs nostalgiques, l’engouement du public pour les deux derniers ne s’est jamais démenti jusqu’à aujourd’hui. Les films policiers se sont par la suite diversifiés avec les films de gangsters et les thrillers, comme ceux du « Maître du suspense » Alfred Hitchcock avec des chefs-d’œuvre comme Fenêtre sur cour (1954) et Sueurs froides (1958).

Dans son livre A Pictorial History of Crime Films (1975), le critique de cinéma britannique Ian Cameron classe des chefs-d’œuvre du cinéma français comme Pépé le Moko (1937), Touchez pas au Grisbi (1954), Du Rififi chez les hommes (1955), Le Doulos (1962), Le Samouraï (1967), Borsalino (1970) ou encore Le Cercle rouge (1970) dans la catégorie « film policier », aucune mention n’y est faite du terme « film noir » ; on voit donc bien que l’expression était encore loin d’être en usage dans les pays anglophones à l’époque.

Au milieu des années 70, je me souviens avoir vu un polar très célèbre de l’époque, Police Python 357 d’Alain Corneau, avec Yves Montand dans le rôle principal. J’avais été frappé par la perfection de la mise en scène, notamment dans la fusillade finale, véritable bijou du genre. Puis, en 1976, je suis allé à Paris pour étudier le cinéma et j’ai eu l’occasion de regarder La Menace, qui marquait la deuxième collaboration entre Alain Corneau et Yves Montand. C’est pendant cette période que j’ai commencé à me familiariser avec le concept de Film Noir. Diplômé d’une école de cinéma en 1979, j’ai eu l’immense honneur de côtoyer Alain Corneau et de travailler comme assistant dans l’équipe de son nouveau film Série Noire, adapté du roman policier Des cliques et des cloaques (A Hell of A Woman) de l’écrivain américain Jim Thompson et véritable référence en matière de Film Noir.

Il est de notoriété publique que nombre de réalisateurs français de la Nouvelle Vague étaient fascinés par les films policiers américains et ont été prolifiques en films noirs ; on pense notamment à Jean-Pierre Melville avec Le Samouraï (1967), Jean-Luc Godard avec À bout de souffle (1960), ou encore François Truffaut avec La Sirène du Mississipi (1969).


Yves Montand dans Police Python 357 d'Alain Corneau (1976)

Beaucoup de ces films noirs sont adaptés de romans policiers américains ou britanniques, comme par exemple La Mariée était en noir de François Truffaut (1968), adapté du roman éponyme de William Irish, ou La Cérémonie de Claude Chabrol (1995), tiré du roman A Judgment in Stone de Ruth Rendell. Les traductions de romans policiers américains en français étant très nombreuses dans la « Série Noire » (la collection de romans policiers et de romans noirs des éditions Gallimard), leur adaptation était d’autant plus aisée. Le Film Noir pourrait être défini comme un film policier de haut niveau, davantage focalisé sur l’analyse psychologique des personnages que sur l’intrigue criminelle. On y trouve généralement un personnage de femme fatale, qui manipule le protagoniste masculin et entraîne sa chute, voire sa mort.

En France, Jean-Pierre Melville est couramment considéré comme la référence du genre. Alain Corneau le voyait comme son maître à penser, bien qu’ayant été assistant de Costa-Gavras. En plus des trois films noirs susmentionnés, Corneau a ainsi tourné en 2007 sa propre version du célèbre film Le Deuxième souffle de Jean-Pierre Melville (1966), adapté du roman Un règlement de comptes de José Giovanni. Son œuvre posthume Crime d’amour (2010) a fait l’objet d’un remake hollywoodien, Passion (2012), de Brian de Palma. La plupart des critiques s’accordent à dire que ce dernier fait pâle figure comparé à l’original. En revoyant les premiers films noirs de Jean-Pierre Melville comme Le Doulos et Deux hommes à Manhattan (1959), j’ai acquis la profonde conviction qu’Alain Corneau était un réalisateur largement sous-estimé, dont certaines œuvres soutiennent la comparaison avec celles du maître Melville.

Les années 40 et 50 furent, de fait, l’âge d’or du film policier, notamment à Hollywood. La quasi-totalité des réalisateurs de renom, s’ils n’ont pas fait de film sur la Seconde guerre mondiale, se sont essayés au genre du film policier, ou plus spécifiquement du film de gangster. Des réalisateurs aussi célèbres que Howard Hawks, Samuel Fuller ou encore Raoul Walsh ont tourné une multitude de films policiers qui sont restés dans les annales. L’auteur de ces lignes n’était pas encore né dans les années 40, et était encore bien trop jeune dans les années 50 pour pouvoir apprécier à leur juste valeur ces chefs-d’œuvre du cinéma policier. Maintenant un ardent cinéphile, depuis longtemps familiarisé avec tous les grands classiques du genre, il m’est devenu difficile de trouver des occasions d’être impressionné par de nouvelles œuvres. Aujourd’hui, à l’invitation du Département des loisirs et des services culturels de Hong Kong, c’est avec le plus grand plaisir que je prends part au Festival du cinéma de Hong Kong avec un programme intitulé « French Film Noir vs American Crime Movie », qui comprend la projection de 8 films noirs français et 8 films policiers américains.

L’un des premiers grands classiques du film policier est Le Petit César (1931) de Mervyn Leroy, considéré comme le pionnier du genre. À cette époque, Hollywood venait tout juste d’entrer dans l’ère du cinéma parlant. Les acteurs n’avaient pas encore abandonné leurs techniques de jeu très expressives du cinéma muet, et le public était fasciné tant par l’intrigue que l’attractivité de leurs performances.

Un autre grand film policier des débuts est Pépé le Moko, tourné par Julien Duvivier en 1937. L’histoire se déroule en Algérie, qui était encore une colonie française à l’époque, et le style d’image dénote une certaine influence du cinéma expressionniste allemand, qui n’est pas sans rappeler le classique hollywoodien Casablanca (1942), tourné quelques années plus tard. Si ce dernier appartient à la catégorie du Film Noir, le thème du conflit entre amour et vertu chez les deux protagonistes lui vaut d’être souvent considéré comme un classique du cinéma romantique.

Parmi les autres policiers à ne pas manquer, citons Touchez pas au Grisbi (1954) de Jacques Becker, Le Salaire de la peur d’Henri-Georges Clouzot (1953), Plein soleil de René Clément (1960), Du Rififi chez les hommes (1955) de Jules Dassin, Les Enchaînés d’Alfred Hitchcock (1946), Règlement de comptes de Fritz Lang (1953), L’Ultime Razzia de Stanley Kubrick (1956) ou encore La Soif du mal d’Orson Welles (1958), parmi tant d’autres chefs-d’œuvre dont on ne risque rien à affirmer qu’ils n’ont pas pris une ride après plus d’un demi-siècle d’existence et garderont pour toujours leur statut de films cultes.


 

藉黑色電影節將於 12 月至 1 月在香港舉行之際,《東西譚》邀請其策劃人,電影評論家兼導演黃國兆為我們執筆(有關他的人物介紹見於第 11 頁)。在本文中他講述黑色電影的類型、起源和特點。

「黑色電影」一詞的出現,一般認為是意裔法國影評人連奴.法蘭克 (1904–1988)首先採用,主要指四十年代荷里活的犯罪片,例如尊侯斯頓的《群雄奪寶鷹》(1941)、比利懷特的《殺夫報》(1944)和侯活鶴士的《智勇無雙》(1946)等片。

但事實上,在這之前,法國報章雜誌已經出現 film noir  一詞,話說1938至1939年間,馬素卡尼的《霧碼頭》(1938)和尚雷諾的《衣冠禽獸》(1938),已經被當時的影評人以 film noir 來形容。以我所知,film noir 這個法語詞滙,一直只在法國影評界流行,film noir 被英、美影評人/文化人普遍應用在文章上,應該是上個世紀八十年代之後的事。

回顧四、五十年代,荷里活最流行的片種大致有四:歌舞片、西部片、戰爭片、犯罪片。前二者早已沒落,偶爾會有導演重彈舊調,但後二者是長壽片種,熱潮迄今未退。犯罪片又稱警匪片,如果相對地非常緊張驚嚇的,像緊張大師希治閣的《後窗》(1954)和《迷魂記》(1958) ,則會被稱為驚慄片。

英國著名影評人伊安.金馬倫於1975年出版的《犯罪電影圖片史》,書內提到《逃犯貝貝》(1937)、《萬惡黃金》(1954)、《悍匪大決戰》(1955)、《綫人》(1962)、《獨行殺手》(1967)、《江湖龍虎鬥》(1970)、《劫寶群英》(1970)等等法國式犯罪片,只是稱之為警匪片,完全沒有提到 film noir 這個字眼,可見黑色電影這個名詞,在當年的英語地區尚未流行。

記得七十年代中,在市面戲院看了一齣由伊扶蒙丹主演的法國警匪片,《左輪三五七》,佈局精妙,人性刻劃細膩,片末槍戰場面簡單俐落而精彩,儼然是大師氣度。然後,1976年,我前赴法國修讀電影,在巴黎看了伊扶蒙丹主演,同樣是阿倫歌爾勞導演的警匪片《假局》。這時才開始接觸到film noir 這個法文詞。1979年電影學院畢業後,我居然有機會追隨歌爾勞,在他的新片《禍水紅顏》(Série Noire)團隊擔任助導,使我對 film noir 有了更進一步的認識。

該片的法文原名 Série Noire,直譯是「黑色小說系列」,該書譯自美國作家占.湯遜的犯罪小說《A Hell of A Woman》。眾所周知,法國的新浪潮導演,不少都醉心美國的犯罪電影,例如梅維爾、杜魯福、尚盧高達、查布洛等等,都拍過不少film noir,例如梅維爾最著名的《獨行殺手》,高達的《慾海驚魂》(1960),杜魯福的《蛇蠍夜合花》(1969) 等等。

這些「黑色電影」,有不少是改編自美國或英國的犯罪小說,例如杜魯福的《奪命佳人》(1968),就改編自 Cornell Woolrich 的小說,查布洛的《冷酷祭典》(1995)則改編自露絲.倫德爾 (Ruth Rendell) 的小說《A Judgement in Stone》。由於許多美國犯罪小說,都被翻譯和收納在這個法文 Série Noire 系列(伽利瑪出版社出版的偵探小說和黑色小說集),所以他們改編起來就比較容易。Film noir 可以是較高層次的犯罪電影,比較著重心理描寫,通常有個 femme fatale 的角色,即所謂的禍水紅顏,令男主角泥足深陷,難逃法網,甚至賠上性命。

在法國,梅維爾被尊為 film noir 的大師級導演,歌爾勞雖然曾經師事哥斯達加華斯 (Costa-Gavras),但服膺的卻是梅維爾。除了前述三齣黑色電影,他還於 2007 年,重拍梅維爾的《第二口氣》(1966),同樣是改編荷西.祖梵尼的小說《Un Règlement de Comptes》。他的遺作《情殺局中局》(2010),被荷里活大導演布里安迪龎瑪重拍成《挑情殺局》(2012),兩者相較之下,迪龎瑪明顯被比了下去。這次重看梅維爾比較早期的黑色電影,例如《綫人》、《曼克頓二男》(1959)等片,深深覺得歌爾勞是被嚴重低估的導演,而兩人的作品亦有許多可資比較的地方。

四、五十年代的確是犯罪片的黃金時期,尤其是荷里活,幾乎所有吃得開的導演,如果不拍有關二次大戰的戰爭片,都一定拍過犯罪片或警匪片。美國的殿堂級導演如侯活鶴士、森姆富勒、魯爾窩路殊等等,都拍過不少後來被傳誦一時的犯罪電影。四十年代,筆者尚未出世。即使到了五十年代,也只是乳臭未乾的年幼小童,不可能懂得欣賞這批犯罪電影。因此,自從成為影痴之後,雖然對這批經典之作聞名已久,卻不容易找到欣賞的機會。

今次,承康樂文化署之邀,筆者不吝重操故業,為電影節目部策劃一個名為《法國黑色電影對決美國犯罪電影》的專題節目,總共放映八齣法國黑色電影,以及八齣美國犯罪電影。當中最早的一部犯罪片經典,是1931年梅榮李萊導演的《小霸王》。那時荷里活剛進入有聲片時期不久,眾演員雖然不脫默片式誇張演技,但其劇情和人物的可觀性,絕對令人振奮,梅榮 ·李萊堪稱荷里活犯罪片的開山祖師。

另一齣比較早期的犯罪片,是法國著名導演朱里安杜威亞在1937年拍攝的《逃犯貝貝》。影片以當年仍是法國殖民地的阿爾及利亞為背景,映像風格看得出是受到德國表現主義電影的影響,也令人想起數年後的荷里活經典《北菲諜影》(1942), 後者其實也屬 film noir 類型,只是其浪漫愛情更令人刻骨銘心,因而不多久便被視為愛情片的經典傑作。

其餘絕不容錯過的犯罪片,包括法國導演積奎貝克的《萬惡黃金》,軒利葛魯索的《死亡邊緣》(1953),雷尼克里曼的《怒海沉屍》(1960),希臘導演朱里斯達辛在法國拍攝的《悍匪大決戰》(1955),以至希治閣的《諜網情鴛》(1946),費玆朗的《芝加哥剿匪戰》(1953),史丹利寇比力克早期的《火拼黑地獄》(1956),和奧遜威爾斯的《歷劫佳人》(1958)等等。幾乎可以肯定地說,這些超過半世紀前的犯罪片,全部都經得起時間的考驗,是藝術性和娛樂性兼備的不朽傑作。