Portrait 人物誌

Texte : Hugo Petit

 
  Freddie Wong, le cinéma comme passion et comme partage
黑色電影來自法國?
 
 

À l’image des cinéastes de la Nouvelle Vague, Freddie Wong a d’abord été un cinéphile et un critique, avant de passer derrière la caméra. Fasciné par la France et son cinéma dans sa jeunesse, il s’occupe d’un ciné-club à ses heures perdues et apprend la langue de Molière, avant de décrocher une bourse pour étudier le cinéma à Paris, de 1976 à 1979. Il travaille alors aux côtés d’Alain Corneau sur le tournage du film Série noire, en tant qu’assistant. Revenu à Hong Kong, il y contribue à l’organisation de nombreux festivals à partir des années 80. Il réalise The Drunkard en 2010 (cf. Paroles n° 224), adapté du roman éponyme de l’écrivain Liu Yichang, dont un autre livre, Tête-Bêche, a également servi d’inspiration à Wong Kar-wai pour In The Mood for Love. Paroles a rencontré Freddie Wong alors qu’il s’intéresse aujourd’hui au Film Noir français et américain et nourrit toujours de nombreux projets.

Jovial et intarissable, doté d’une connaissance encyclopédique du cinéma, Freddie Wong n’en demeure pas moins curieux et toujours avide de nouvelles découvertes audiovisuelles, à 70 ans passés. Il continue d’écrire : contributeur régulier à la revue en langue chinoise Hong Kong Literature Bimonthly, il y a récemment publié un article consacré au documentariste japonais Kazuo Hara. Il intervient également à l’Université baptiste de Hong Kong, là aussi sur le thème du Film Noir :
« Je montre toujours Le Samouraï aux étudiants », nous explique-t-il.

Nous rencontrons Freddie Wong alors qu’il prépare le festival Noir Fest, organisé avec le LCSD (voir aussi son article à ce sujet, p. 8). Il s’agit pour lui d’un genre majeur : « De nombreux réalisateurs ont commencé leur carrière en faisant des films noirs. Avec un bon scénario, on peut faire un bon film. Il n’y a pas besoin d’y investir beaucoup d’argent. Le premier film des frères Coen, par exemple, Blood Simple, est un film noir, à très petit budget. De même, les premiers films de Stanley Kubrick sont des films noirs. Robert Wise, le réalisateur de La Mélodie du bonheur et de West Side Story, a tourné en 1949 un film intitulé The Set-Up, qui se déroule en temps réel. C’est aussi un film noir. Et en Pologne, ce genre existe aussi : de nombreux réalisateurs s’y sont essayés, même Kieslowski ou Polanski à ses débuts. J’ai récemment vu Train de nuit (1959) de Jerzy Kawalerowicz, un très bon film. Tout se passe dans un train, dans un espace très exigu. Il y a un cycle très intéressant : les films noirs français, notamment ceux du maître en la matière, Jean-Pierre Melville, se sont inspirés des crime films américains. Puis, des cinéastes hongkongais ont été influencés par Melville, comme John Woo qui rend hommage au Samouraï dans Le Syndicat du crime. Et enfin, nous avons Tarantino, un Américain, qui s’est nourri du cinéma de kung fu et de gangsters hongkongais, notamment les films de John Woo. »

Comme nous accueillons Freddie Wong dans le centre de Wanchai de l’Alliance Française, celui-ci se remémore l’époque où il y étudiait, au milieu des années 1970 : « Les classes de niveau avancé avaient lieu uniquement sur l’île de Hong Kong. Comme j’habitais à Kowloon et qu’il n’y avait pas encore de MTR, je prenais le bus pour traverser le tunnel. Je m’occupais du Phoenix Cine Club, une toute petite structure comparée à d’autres ciné-clubs de l’époque qui étaient gérés par des expatriés. Je devais louer les bobines depuis Londres, cela coûtait très cher. On ne pouvait projeter que des copies en 16mm à cause de la taille de notre salle, située dans une école primaire de Yau Ma Tei. L’un de nos membres était attaché culturel au consulat français. Il ressemblait un peu à Jacques Tati, vous savez ? Avec un parapluie et un imperméable… Dès lors, nous avons pu collaborer avec le consulat. Ils disposaient d’une filmothèque à Bangkok, et m’autorisaient à emprunter leurs films, gratuitement et sans frais de port ! C’est aussi pour cela que nous projetions beaucoup de films français. Nous pouvions même afficher nos posters dans les locaux de l’Alliance ! Je me souviens du directeur de l’AF de cette époque, Emile Mantica. Il nous a beaucoup aidés. Et puis quelques années plus tard, il est revenu à Hong Kong. J’ai d’abord cru rêver ! Il était désormais le représentant d’Unifrance. »

« Durant les deux dernières années, j’appréhendais plutôt d’aller en cours, car le professeur était très sévère, reconnaît Freddie Wong en riant. J’étais parfois absent et n’avais pas le temps de rattraper ! Je travaillais alors comme technicien en radiologie au Queen Mary Hospital. Je ne sais même pas comment j’arrivais à gérer le ciné-club, écrire des critiques de films et étudier le français tout à la fois. J’étais probablement trop occupé. » Il entend parler d’une bourse pour étudier en France. Bien que destinée aux étudiants d’université, il y postule malgré tout :
« Je voulais candidater à l’IDHEC, mais mon niveau de français n’était pas suffisant. J’ai obtenu la bourse et on m’a aiguillé vers une autre école de cinéma située à Paris : la Fondation Charles-Vandamme. En arrivant à la fin de l’été, je suis allé directement à l’adresse indiquée… pour me rendre compte que l’école n’existait déjà plus ! Elle avait fermé ! J’étais stupéfait. Je suis allé au Crous où l’on m’a dit : “Ne vous inquiétez pas, nous allons vous trouver une autre école !” C’est ainsi que j’ai finalement étudié au Conservatoire Libre du cinéma français, qui existe encore. Et j’ai eu l’opportunité de travailler sur le film d’Alain Corneau, Série noire. »


Aux côtés d’Alain Corneau sur le tournage de Série noire en 1978

Une fois diplômé, Freddie Wong rentre à Hong Kong et se voit proposer de travailler pour le HKIFF. Il organise notamment une rétrospective consacrée à Ozu et achète les droits de Série Noire afin de le distribuer à Hong Kong : « À l’époque, les films français sortaient en version doublée en anglais : Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, Louis de Funès, Catherine Deneuve... tous ces acteurs parlaient en anglais ! Série noire est probablement le premier film français sorti en version originale sous-titrée en anglais et en chinois. Maintenant, c’est devenu la norme. » Il travaille aussi pour le Arts Centre et participe à la création de la Broadway Cinematheque. Il se rend très fréquemment à Cannes.

À cause de la pandémie, Freddie Wong a vu peu de films français récents depuis son dernier passage à Cannes en 2019, mis à part Les Misérables de Ladj Ly et Fahim avec Gérard Depardieu. Il visionne à présent des séries sur Netflix : Versailles, Marseille, Lupin, avec les sous-titres en français afin d’entretenir son niveau de langue. Il s’intéresse également aux séries japonaises :
« J’aime beaucoup Doctor X, qui a pour héroïne une chirurgienne. Un personnage féminin très fort, c’est déjà presque subversif au Japon. J’ai moi-même travaillé dans un hôpital. Ce feuilleton est beaucoup moins mélodramatique que les séries médicales américaines comme Urgences ».

Freddie Wong évoque enfin ses projets : « J’ai toujours envie de faire des films. Peut-être en France ? J’ai un projet d’histoire située à l’époque de Louis XIV. Ou alors je ferai un film sur l’opéra cantonais à Hong Kong. » Il prépare également plusieurs ouvrages : un carnet de voyage à travers le cinéma, par le biais des films mais aussi des festivals du monde entier qu’il a arpentés, un second livre sur ses multiples séjours à Cannes, et enfin un troisième consacré au cinéma japonais. « Si je n’ai pas la possibilité de faire d’autres films, alors j’écrirai volontiers quelques livres de plus ! » conclut-il en riant.


 


Freddie Wong, photo © Stella Ko

黃國兆(Freddie Wong)與法國新浪潮時期的許多專業電影人一樣,在親自執掌鏡頭之前,只是純綷的戲迷兼影評人。早在少年時期就迷戀法國與法國電影的他,在餘暇時候經營着電影同好會,同時間學習大文豪莫里哀的母語——法語;1976至1979年,他更親身遠赴巴黎修讀電影。畢業之後,他擔任導演阿倫歌爾勞(Alain Corneau)的助手,協助拍攝《禍水紅顏》(Série noire)。回港以後,又籌辦1980年代至今的許多電影節。2010年,黃國兆執導《酒徒》(見 224 期《東西譚》);電影改編自作家劉以鬯的同名小說,而其另一部作品《對倒》亦為王家衛的《花樣年華》提供了靈感。在接受《東西譚》訪問之際,他表示現時的興趣是法國及美國的黑色電影(film noir),且正在構思多個項目。

雖然黃國兆已屆 70 歲,但仍然風趣活潑、精力旺盛,對電影的知識極為淵博,對視聽新發現仍然充滿好奇及渴求;而且筆耕不輟,為中文雙月刊《城市文藝》定期撰稿,最近又發表了一篇專門介紹日本紀錄片製作人原一男的文章。他又在浸會大學主持演講,講題同樣是黑色電影。「我經常給學生播放《獨行殺手》(Le Samouraï)。」他解釋道。

我們訪問黃國兆時,他正在籌備與康文署合辦的黑色電影節(見本刊第 8 頁相關主題文章)。對他而言,黑色電影是重要的流派:「許多導演的執導生涯都是由製作黑色電影開始。有好劇本就能拍出好電影,不必投入大量資金。例如高安(Coen)兄弟的第一部作品《血迷宮》(Blood Simple)就是黑色電影,預算很低。同樣,寇比力克早期的作品亦是黑色電影。《仙樂飄飄處處聞》(The Sound of Music)及《西城故事》(West Side Story)的導演羅拔懷斯 (Robert Wise)在1949年拍攝了一部實時電影,名為《The Set-Up》,同樣是黑色電影。而波蘭亦有同類作品,且許多導演都涉足過,包括早年的奇斯洛夫斯基(Kieslowski)及波蘭斯基(Polanski)。我最近看了Jerzy Kawalerowicz 的《夜行列車》(Night Train, 1959年),是非常好的作品。整部戲都發生在火車上,在非常窄的空間內。我發現到一個極之有趣的循環:法國黑色電影,特別是出自這方面的大師梅維爾(Jean-Pierre Melville)的作品,都受到美國犯罪電影的啟發;之後,香港導演又會受梅維爾的影響,例如吳宇森在《英雄本色》裏向《獨行殺手》致敬。最後又回到美國,導演昆頓塔倫天奴(Quentin Tarantino)醉心於香港功夫及黑幫電影,特別是吳宇森的作品。」

我們迎接黃導演來到法協灣仔中心時,他憶述自己在1970年代中期學習法語的時光:「進階班只在港島開辦,而我住在九龍,當時未有地鐵,所以要坐巴士穿過海底隧道。我當時辦的火鳥電影會,相比當時由外國人經營的電影會,規模小得多。

我要由倫敦租來電影底片,租金非常貴。我們在油麻地一間小學的房間放映,由於空間有限,只能播放 16 毫米的版本。有一位會員是法國領事館的文化專員,長得有點像積葵大地(Jacques Tati),不知你聽過沒有,他的標誌是帶雨傘和穿雨衣……從當時起,我們就有門路與領事館合作。他們在曼谷有一個電影資料館,還允許我免費借出裏面的電影!所以我們才有機會放映很多法國電影。我們甚至可以在法協張貼宣傳海報!我記得當時的法協總監 Emile Mantica 幫助了我們很多。幾年之後,他又重回香港,我起初還以為自己在做夢!他現在是Unifrance 的代表。」

黃導演笑着承認:「在最後兩年,我很怕去上課,因為導師很嚴格。 我有時缺席,又沒時間追回進度!當時我在瑪麗醫院擔任放射技術員,我都不知怎樣兼顧電影會、寫影評和學法語,可能實在是太忙了。」他後來聽說到有一個去法國留學的獎學金,雖然是為大學生而設,但還是申請了:「我本來想申請 IDHEC(巴黎高等電影學院,l'Institut des hautes études cinématographiques),但我的法語水平不夠。我最終獲得那筆獎學金,被轉介到巴黎的另一間電影學校,名叫『la Fondation Charles-Vandamme』。
但當我在夏末到達指定的地址時,才發現學校已經沒有了!早已關門大吉!我十分詫異,唯有前往Crous。那裏的人說:『不用慌張,我們再幫你找另一間!』以上就是我最終去了法國私立電影學院(Le Conservatoire Libre du Cinéma Français)的經過(學校至今仍然存在)。所以之後,我才有機會為阿倫歌爾勞的《禍水紅顏》工作。」

他畢業後返回香港,獲得香港國際電影節的一份工作。在那段期間,他籌辦了一場小津安二郎的回顧展,又買下了《禍水紅顏》的版權供香港發行:「當時發行的法國電影都是英文配音版。尚保羅貝蒙多(Jean-Paul Belmondo)、阿倫狄龍(Alain Delon)、路易狄芬尼(Louis de Funès)、嘉芙蓮丹露(Catherine Deneuve)……全部演員都忽然會講英語!而《禍水紅顏》可能是第一部原版本發行、有中英文字幕的法國電影。直到現在才早已變成行業標準。」他還為藝術中心工作,又有份創立百老匯電影中心。他本來經常去康城,但因為疫情的緣故,自從 2019 年最後一次康城之旅以來,除了Ladj Ly的《悲慘世界》及 Gérard Depardieu 的《走佬小棋王》以外,已很少再看法國電影。現在是看 Netflix 的連續劇:《凡爾賽》(Versailles)、《馬賽城》(Marseille)、《怪盜羅蘋》(Lupin),並選用法文字幕來維持自己的語言水平。他亦對日本的劇集感興趣:「我很喜歡《Doctor X》。女主角是個外科醫生,我自己也在醫院工作過。強悍的女角色在日本簡直是顛覆傳統。這部連續劇遠遠不像《ER》之類的美國醫療劇那麼戲劇化。」
黃導演最後提到他自己的構思:「我一直想拍電影,或許會去法國拍。我有一個以路易十四時代為背景的歷史構思。又或者我會在香港拍一部關於粵劇的電影。」他還準備了幾本自己寫的書:第一本是以電影為主題、圍繞電影作品以及關於他所查探過的世界各地電影節的旅行見聞錄;第二本書是他多次前往康城的紀錄;第三本則是關於日本電影。他最後笑說:「如果我沒有機會拍電影,再寫幾本書也很樂意!」