Poésie 詩詞

Texte : Matthieu Motte

 
  Baudelaire et ses Fleurs du mal, Hymnes du beau bizarre
波德萊爾與《惡之華》,美麗怪胎之詩
 
 


Portrait de Charles Baudelaire par Gustave Courbet (1848)

« Ce livre est un hôpital ouvert à toutes les démences de l’esprit, à toutes les putridités du cœur ; encore si c’était pour les guérir, mais elles sont incurables » peut-on lire dans Le Figaro du 5 juillet 1857, quelques jours après la parution du recueil. Électrochoc dans le landerneau littéraire parisien d’alors, on imagine mal le brûlot au programme du bac un jour... La poésie de Baudelaire est électrique, câblée d’une énergie noire et hypnotique. Malsaines, furieuses, enivrantes, les Fleurs du mal exhalent le souffre et le parfum du scandale depuis le premier jour. Leur auteur est encore aujourd’hui, à l’heure du bicentenaire de sa naissance, le peintre ultime de la vie moderne, le poète le plus lu et le plus célébré pour son grand Œuvre unique.

Hymnes aux alchimies du verbe
Sexe, opium, Satan, névrose, nul ne manque au sabbat de la
« sorcellerie évocatoire » et pourtant l’alchimie opère. Sa poésie produit sur l’adolescent qui plonge dans cet inconnu une décharge dont il se souvient longtemps, une défiance, une répulsion peut-être, ou une fascination inexplicable mais qu’importe, l’œuvre travaille en lui, les mots souterrains des premières lectures lui offrent le prisme d’une réalité neuve, soudaine, intrigante, sibylline et romantique. Ainsi le postulat : la beauté est « toujours bizarre », parfois hideuse, souvent glaçante... Lire l’épigone Rimbaud qui des années plus tard abonde en ce sens : « Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. − Et je l'ai trouvée amère. − Et je l'ai injuriée ». Mais les danses macabres auxquelles Baudelaire vous convie ne se complaisent ni dans le glauque ni dans le mortifère − pas de séance de spiritisme alcoolisée au Père-Lachaise au menu − non, le projet n’est autre que l’Idéal aurifère, la transmutation de l’âme, là-bas...: « Ô vous, soyez témoins que j’ai fait mon devoir, Comme un parfait chimiste et comme une âme sainte. Car j’ai de chaque chose extrait la quintessence, Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or. » Le Poëte (Baudelaire use de ce tréma décati dans ses corrections) s’assigne lui-même cette mission : transformer le quotidien, transmuer les passions tristes, refonder une vie artiste dont le seul salut sera l’exigence du Sublime (au sens alchimique) ou la Mort (autre idéal) :
         « Nous userons notre âme en de subtils complots,
         Et nous démolirons mainte lourde armature,
         Avant de contempler la grande Créature ! »
                                                       La Mort des Artistes

L’Idéal est Ailleurs
Un Idéal donc, ambigu, un Ailleurs, ambivalent, entre anges et démons. Baudelaire se propose d’y accéder à grands coups de paradoxes comme d’autres philosophent à coups de marteaux ; par l’alliance des contraires, le choc des analogies et la puissance de l’oxymore, déjà contenue dans le titre des Fleurs du mal :
« Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ? Au fond de l'inconnu, pour trouver du nouveau ! ». S’immiscer dans tous les « gouffres amers », vils, maudits, fangeux, de Paname ou du Moi, pour en faire saillir les étincelles du Beau, du Vrai, du Bien. « La mélancolie est l’illustre compagnon de la beauté ; elle l’est si bien que je ne peux concevoir aucune beauté qui ne porte en elle sa tristesse » confesse-t-il car c’est bien dans l’intervalle entre les fanges du Spleen et les sphères de l’idéal que se rencogne la condition humaine, encline à des aspirations contraires qui se bousculent. Certes vous retrouverez les topoï habituels : tempus fugit, amours déçues, saisons comme paysages de l’âme, finitude lancinante qui sont autant de clichés rebattus mais Baudelaire fait valdinguer leur traitement en alexandrins. Car s’il est au carrefour de trois mouvements : romantisme, symbolisme et Parnasse (le recueil est dédié à Théophile Gauthier), il fait surtout voler en éclat l’image poétique affadie par des siècles de mièvreries. Ainsi le recueil à l’origine devait s’intituler « les Lesbiennes » puis « les Limbes », références que n’aurait pas reniées l’embastillé marquis de Sade du fond de sa geôle. L’auteur tranchera finalement pour « Les Fleurs du Mal », dont l’éclosion ne pourra avoir lieu que dans un Enfer pétri de contradictions : l’âme humaine. Sans Baudelaire, pas de Rimbaud : ce dernier reconnaît la filiation après avoir dénigré dans la même missive les fossiles de l’Académie, un Hugo trop cabochard, et le Musset exécrable... Il n’en reste qu’un qui a su « inspecter l’invisible et entendre l’inouï étant autre chose que reprendre l’esprit des choses mortes » c’est Baudelaire « premier voyant, roi des poètes, un vrai Dieu. »

Hymnes de la mélancolie, le Spleen de l’Œuvre au Noir
« Si Baudelaire avait gobé des antidépresseurs, il n’aurait jamais écrit les Fleurs du mal ». Lorsque notre professeur de khâgne M. Miraux prononçait cette phrase en ouverture d’un cours, il n’ignorait pas que l’anachronisme nous ferait rire. Pipe d’opium en solo, club des Haschischins, laudanum pour apaiser sa syphilis, vin des amants et nectars divers... On savait que les « paradis artificiels » auxquels goûtait Baudelaire n’arrangeaient pas sa santé fragile. Au contraire et c’est souvent méconnu : il a noir sur blanc affirmé dans l’éponyme essai paru en 1860 que ces addictions sont perverses et que le poète véritable n’a nul besoin de drogues pour laisser infuser l’inspiration : « les vices de l'Homme sont la preuve de son goût pour l'infini. Seulement, c'est un goût qui se trompe souvent de route. » Pour les antidépresseurs il faudra attendre 1952, et c’est donc avec un siècle d’écart que Baudelaire déverse sa noirceur. Cette profonde Melancholia qui tire son étymologie du grec puis de l’anglais et qui signifie « rate », le poëte l’utilise en référence à la théorie des humeurs du médecin de l’Antiquité Hippocrate. L’organe selon lui sécrétait la « bile noire », ce poison responsable de l’angoisse du temps qui s’égrène, de la nostalgie, de la culpabilité... et de l’Ennui, l’infatigable ennemi ! L’écriture des Fleurs du mal s’étale sur plusieurs années, mais à l’orée de 1857 la structure du recueil et des sections est établie ; les Tableaux Parisiens s’y ajouteront en 1861 (placés juste après la section Spleen et Idéal). D’emblée le Spleen semble conjuré dès les poèmes liminaires : Bénédiction, Le Soleil, Élévation et Correspondances. Élévation évoque son esprit, le seul à se mouvoir « avec agilité » loin des « miasmes morbides », le seul qui « comprend sans effort le langage des fleurs et des choses muettes », que le poète s’échine à déchiffrer. L’Idéal, l’objet de sa quête poétique, semble apparaître par l’entremise des synesthésies, ces figures de style qui entremêlent plusieurs perceptions sensorielles, où « les parfums, les couleurs et les sons se répondent » et qui imprègnent l’ensemble de la prosodie baudelairienne :
         « II est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
         Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
         — Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,
         Ayant l’expansion des choses infinies »

Enfin ces quatre pharmakos intitulés Spleen, à la fois remèdes et poisons ; que j’aime à réciter avec les élèves les jours de pluie ou de typhons :
         « Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
         Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
         Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
         Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits »

Comme si le poète avait su trouver les mots qui consolent, comme s’il avait su cerner ce que d’aucuns ressentent au plus profond ; et peut-être plus que jamais à l’adolescence. Le Spleen n’est alors plus ce lénifiant venin qui gangrène et avachit mais la rage créatrice de vivre, la prime étape d’un élan vital qui enjoint à se dépasser, à
« voir » et penser au-delà de notre finitude, à s’extirper « anywhere out of the world » vers des cieux éthérés ou des gouffres amers, clabaudant de concert avec le poète que « le Beau est toujours bizarre ».

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「這本書是為所有精神錯亂、心靈腐朽的人而設的治療所(雖然作者的原意並非要提供醫治,而且這些人也無藥可救)。」1857年7月5日,《惡之華》詩集出版後幾日,《費加羅報》送上以上評語。當時令巴黎文壇大為騷動的作品,難以想像日後能錄入法國高考課程,成為棘手的課文……波德萊爾的詩彷彿帶有電流,能牽引出黑暗而又催眠的能量。病態、狂怒、令人頭重腳輕——《惡之華》由最初開花起,就一直在呼出硫磺,還有不光采的氣味。即使在今日(今年剛好是波德萊爾的二百歲華誕),波德萊爾仍然是刻畫現代生活的表表者,而《惡之華》這部獨一無二的鉅著,則是最多人讀過、最受稱訟的偉大作品。

詞藻煉金之詩
性、鴉片、撒旦、神經病,在半夜拜鬼的儀式中竟沒有「令人回味的巫術」,反倒是煉金術大行其道。偶然拿起這本作品的年青人,會陷入詩中,得到難以忘懷的釋放。他未必會信服,甚至會排斥,又或者莫明其妙地戀上。但無論如何,這本詩集終必會撩動他;初次讀下隱秘的詞句後,雙眼會打開,在現實中看到前所未有的嶄新、驟然、妙趣、神秘、浪漫的事物。所以難免有人認為:美之中「總包含怪」,有時是駭然,更多時是冷酷……波德萊爾的擁躉蘭波(Arthur Rimbaud)在幾年之後更如此下筆:「某夜,我將美放在膝上細賞。-我看到苦澀。-我將她羞辱。」但是波德萊爾帶你參加的陰森之旅又不至於令你深陷暗邪或死靈的舞步——書中沒有前往拉雪茲神父公墓的醉酒通靈降神會(séance)。應該說,他不要帶你去煉金,而是去作靈魂的蛻變……:「你也見到,應作的我已作好,像個稱職的煉金術士,像個無垢的靈魂,因為我已煉出每一點精華。你給我泥石,我卻煉出黃金。」詩人給自己定下使命:將尋常生活昇華、將悲傷的情懷轉化、重建藝術的人生,在其中得到唯一的救贖——昇華(彷如煉金術),或是死亡(另一個理想):
         「我們挖空心思,費盡心機,
         還要把無數沉重的骨架毁棄,
         才能看到那偉大的創造物﹗」
         (譯者﹕文愛藝;北京時代華文書局。下同)
                                                      藝術家之死

理想何處尋?
理想既是隱含不清,又總在他方,模棱兩可,徘徊於天使與魔鬼之間。波德萊爾接受理想難尋的事實,並利用強烈的矛盾來處理,就像哲學家的大刀闊斧一樣;擅用對立的歸一、類比的衝突、矛盾的威力,從《惡之華》的標題已經可以見到:「跳入這未知之國的淵底去獵獲新奇!管他下地獄還是上天堂,這有什麼關係?」跳進每一個「苦澀深淵」,經歷險惡、受咒詛、泥濘——不論是巴拿馬的深淵,還是自我的深淵——發掘真善美的碎片。「憂鬱是美的絕佳伴侶;好到我想像不出任何不帶悲傷的美」他承認,的而且確,在憂鬱的泥濘與理想的領域之間,人的處境會重新歸一,容易浮現出矛盾的願望。當然還會發現常見的意象(topos):時光飛逝、失戀、象徵靈魂景觀的四季、限制等等,大都是陳腔濫調,但波德萊爾用亞歷山大體(alexandrine)將舊酒裝進前所未見的新瓶中。他處於三個運動的交叉路口:浪漫派、象徵派、高蹈派(以詩人Théophile Gauthier命名),卻率先打破幾個世紀以來因為矯揉造作而積弱的詩壇。波德萊爾先後想以「女同性戀」(Lesbiennes)、「凌波舞」(Limbo)命名詩集(暗指被囚於巴士底監獄的薩德侯爵(Marquis de Sade)身陷囹圄無處可逃)。最後,波德萊爾選了《惡之華》(Les Fleurs du Mal),意思是除了在充滿矛盾的地獄之外,花不會開。這個地獄就是人的靈魂。沒有波德萊爾,就沒有蘭波。蘭波在一封信中嘲笑學院精英群體是古老石山、雨果太古怪、繆塞為人可憎。自此以後,蘭波確認自己是波德萊爾的繼承者……只有一人有能力「看到無形之物及聽到無聲之響,而不是在死物中挖掘殘餘生氣」此人就是波德萊爾,「他是第一位先知,詩中的王者,真正的上帝。」

憂鬱的詩集,暗黑作品裏的憂鬱
「假如波德萊爾吞服了抗抑鬱藥,他就永遠寫不出《惡之華》。」文科預備班(classes préparatoires littéraires,又名khâgne)導師M. Miraux的笑話引得全個教室發笑。獨自用煙斗抽鴉片、印度大麻俱樂部(Le Club des Hashischins、舒緩梅毒的鴉片酊、情人的酒、各種花蜜……很明顯,波德萊爾品嚐過的「人造天堂」,對於他脆弱的身體來說只是飲鴆止渴。更何況(少有人提及這一點),波德萊爾在1860年發表的同名文章中,斬釘截鐵地寫道上癮是病態行為,真正的詩人不需靠藥物得到靈感:「惡習是人類試圖體會無限的證據。然而妄想窺探無限只會偏行歪路。」抗抑鬱藥要到1952年才面世,此時距離波德萊爾將他的黑暗釋放殆盡,還有整整一個世紀。這種深刻的憂鬱症(Melancholia),其詞源自希臘語,還有源自英語Spleen,意思是「脾臟」。波德萊爾參考古代醫生希波格拉底的體液理論,以「Spleen」借代憂鬱。根據理論,脾會分泌「黑膽汁」,這種毒藥會令我們擔擾時間流逝、懷愐過去、內疚……以及揮之不去的苦悶!《惡之華》的寫作歷時數年之久,但早在1857年,詩集的結構與章節經已確定;1861年版又加入新部分《巴黎即景》(Tableaux Parisiens),放在《憂鬱與理想》(Spleen et Idéal)部分之後。一開始,《憂鬱》似乎是由頭幾首詩衍生出來——《祝福》(Bénédiction)、《太陽》(Le Soleil)、《高翔》(Élévation)、《契合》(Correspondances)。《高翔》喚醒他的靈魂,成為唯一「飄動」,擺脫「瘟疫橫生的污泥濁水」的人,唯一一人「領悟百花的芳香與無聲萬物的語言」(詩人為了解讀吃力不已)。而理想則是他在詩裏追尋的目標,並似乎以通感形式出現;這種修辭手法將幾種感官交織,「氣味、顏色與聲音相和應」並透達整首詩的上下:
         「有的馨香清麗如幼兒的肌膚。
         柔和如雙簧管的輕音,青翠如綠色,
         ——另外一些,則已腐朽,涵蓋了萬物,
         像無限無極的事物四散飛揚」

最後四味藥名為「憂鬱」,既是解藥又是毒藥;我們喜歡在下雨或刮颱風的時候與學生一起背誦。

         「當天空像蓋子一樣低沉而下垂
         傾壓在久已厭倦而呻吟的心上,
         當它把整個地平線包圍
         灑下比黑夜還要淒慘的陰光;

彷彿詩人早知如何找到安慰的話,彷彿他早知別人內心深處的感受;或許,人在少年比其他時候都更清楚。《憂鬱》不再是舒緩這種折磨及削弱的毒液,而是對生活發出的嶄新形式憤怒,是生命悸動的第一階段;呼喚我們超越自我,呼喚我們「放亮眼」並突破思想的桎梏,呼喚我們跨離「世界任何一個角落」,奔向蔚藍的晴空或苦澀的深淵,與詩人同喊
「美總包含怪」。